
ROUGE
GRENADINE
Prologue
Je tenais
adroitement mon appareil-photo.
C’était la seconde année consécutive que
je me lançais dans un concours photographique, et cette passion
m’avait déjà mené à gagner la première fois. J’en étais
d’ailleurs très fière, je me souviendrais toujours du thème
que nous avions eu la fois précédente : la ville. Moi qui était
complètement urbain, cette demande m’avait amplement
satisfait ! Et lorsque l’on m’avait annoncé grand
gagnant, j’en avais été tellement ravi !
J’avais seize ans à cette époque et je
m’apprêtais à redoubler fièrement, pour la deuxième fois
consécutive, mon année de seconde. Mon nom était Andrew, Andrew
Loiseau pour être précis. J’habitais en France, à Paris,
depuis ma naissance, je ne connaissais que la capitale et les
divers pays que j’avais eu la chance de visiter. Né dans une
famille relativement aisée, j’appartenais à une catégorie de
personne bien élevée, sans bizarreries et atrocement bien vue.
Cette dernière clause avait été plusieurs fois bafoué par le
comportement « indécent » que j’osais adopter
depuis ma jeunesse. Je me fichais complètement du monde dans lequel
je grandissais, les gens m’indifféraient tellement que
j’en devenais agaçant, j’étais peu apprécié par mon
entourage et mes parents étaient désespérés de me trouver si con.
Malheureusement.
Mais à la différence de ma connerie,
j’étais un beau type de dix-sept ans. Mes cheveux étaient
courts et touffus, mal coiffés et teints dans un rouge à la limite
du grenat, qui me faisait un peu penser au sirop de grenadine,
d’ailleurs, c’était à partir de cela que j’avais
choisi cette couleur. Amusant. A l’instar de mes cheveux, mes
yeux étaient marrons foncés, et pas très expressifs, mais ils
avaient une forme particulièrement incroyable : on disait de moi
que j’avais des yeux vicieux. Mon visage, lui, était assez
fin, ovale et se constituait d’un nez en trompette et
d’une bouche souriante. J’avais une peau très claire
mais qui avait une sérieuse tendance à se teinter dans toutes les
couleurs possibles, du rouge au vert, passant par le bleu. Niveau
corpulence, j’étais un garçon vraiment mince, sans doute pas
maigre, mais le fait d’avoir des petits os n’avait pas
arranger mon corps. Mes épaules étaient carrés et me donnaient une
allure très masculine, j’étais aussi très grand, dans les
environs d’un mètre quatre-vingt trois pour
je-ne-sais-combien-de-kilos (je n’aimais pas les
balances).
Psychologiquement, j’avais un esprit très,
mais très lunatique, je passais d’une émotion à une autre
pour n’importe quelles raisons. Si j’étais
d’humeur agréable et que quelqu’un s’amusait à me
titiller un peu trop, je pouvais m’emporter et entrer dans
une colère noire. J’avais un sale caractère, pas aimable, pas
facile et encore moins supportable. En somme, j’étais la pire
personne que l’on puisse avoir dans son entourage, et cela se
voyait sur ma condition actuelle : célibataire, sans amis précieux,
une famille qui adorerait me foutre en pension à cinq-cents
kilomètres. L.O.L.
- Oh, Andy ! M’interpella soudainement une
voix que j’aurais reconnu parmi mille personnes.
Ma bouche se déforma d’ailleurs dans un
rictus de non-sympathie envers l’individu en question qui
s’avançait vers moi, tout sourire : une pompeuse de ma
classe, Dana.
- Qu’est-ce que tu fais ? C’est rare
de te croiser en centre ville ! Me demanda-t-elle en se plaçant
juste devant moi.
La tête relevée vers moi, elle me dévisageait de
ses grands yeux bleus, ses cheveux noirs tombant de façon ordonnés
dessus ainsi que le long de ses épaules. Cette abrutie me suivait
partout depuis quelques mois, depuis le jour où je lui avais
adressé la parole en cours d’anglais pour lui demander une
feuille, elle avait interprété cet acte comme si je lui vouai un
culte et que je courais après son vagin comme mes parents après
l’argent. Lot of Laughs ! Ah ah !
- Heu… des photos, dis-je finalement en
soulevant mon énorme appareil photo.
- Ah bon ? Pourquoi ? Ca doit être intéressant
?!
« Autant que ta gueule quand t’es
loin de moi » me permis-je de penser, me retrouvant avec un
sourire sur le visage qui forcément fut vu comme une déclaration
d’amour pour Dana. Malchance.
- Je participe à un concours, et ça demande
beaucoup de travail et de concentration.
- Je peux t’aider si tu veux ?
S’enquit-elle de me dire, le visage heureux.
Mes yeux croisèrent le bitume à la place de ceux
de la brune, je battais maladroitement des cils, gardant mon
sourire moqueur au visage tout en cherchant une réponse convenable
sans la traiter de débile.
- Ce n’est pas un travail de groupe,
admis-je, espérant qu’elle comprendrait.
- Je vois, me répondit-elle, semblant réfléchir,
oh ! Je sais ! Je pourrais m’inscrire aussi à ton concours et
nous pourrions passer un peu de temps ensemble ?!
Ma bouche s’ouvrit, outrée
d’entendre une chose aussi effrayante, mais je n’eus
pas le temps de répliquer quoi que se soit que Dana me demanda où
est-ce que je m’étais inscrit.
- Tu sais, c’est vraiment un concours
difficile, et il se termine bientôt ! Je doute que les inscriptions
soient encore ouvertes !
- Qui ne tente rien n’a rien, Andy !
« Malheureusement… »
songeais-je, blême de devoir me coltiner cette tâche de menthe dans
mon verre de grenadine.
- Ecoutes Dana, je vais voir ce que je peux
faire pour toi et je te tiens au courant dés que possible, lui
souriais-je en retour, m’efforçant de paraître aimable.
Ce n’était même pas fourbe comme moyen de
me débarrasser d’elle, je me faisais honte au travers de ce
comportement. Je pourrais me débarrasser d’elle pour
toujours…
- Vraiment ? Se serait formidable !
S’écria-t-elle tout en dévoilant ses grandes dents
blanches.
J’acquiesçai gentiment, la regardant
encore quelques secondes, puis remarquant qu’elle se taisait
enfin, je me reculai d’elle, commençant à me retourner pour
partir loin, très loin de sa trajectoire.
- Où vas-tu ? Me rattrapa-t-elle, posant sa main
sur mon bras, chose qui me fit tressaillir. Beurk.
« Ne pas lui vomir dessus et ne pas
l’insulter, surtout pas ! Tu peux y arriver Andrew, tu
peux être sympathique avec cette greluche », songeai-je en
regardant sa main qui tenait mon avant-bras découvert.
- Je dois faire mes photos Dana, seul, pour le
concours dont je viens de te parler ! Lui rappelais-je,
nerveux.
- Ah oui, c’est vrai. Tu veux que je
m’en aille peut-être ?
« MAIS ELLE EST CONNE OU ELLE LE FAIT
EXPRES ?! »
- Se serait… Comment dire, oui, je pense
que tu devrais y aller, j’ai des tas de choses de prévus pour
ce soir, donc j’aimerais avancer vite pour mon
concours.
- Tu as prévu quoi pour ta soirée ?
Cette fois-ci, mon sourire de couverture
s’effaça intégralement de mon visage. Si jamais elle voulait
me voir ce soir, elle allait se prendre un râteau mémorable en
plein face.
- Non, rien ! Se rattrapa-t-elle finalement. Je
vais te laisser ! A ce soir sur msn sûrement !
- C’est ça, oui, dis-je gentiment tout en
lui faisant la bise pour qu’elle s’éloigne très vite
d’ici.
C’était le geste incontournable pour faire
partir les gens.
Me retrouvant enfin seul, je me détournai
rapidement de la silhouette de Dana qui continuait de se retourner
à intervalle régulière sur moi. Quelle tâche. Une fois que je fus
suffisamment éloigné, je regardai dans les alentours, cherchant des
modèles intéressants pour mes photographies. Cette année, le thème
était lié aux portraits, je m’étais dit que prendre les gens
pendant qu’ils ne se doutaient de rien, cela valait le coup
et pouvait donner un sens réaliste aux photos. Hâtif, je me
retrouvai vite devant une terrasse à café très discrète où
plusieurs individus se leurrés au soleil, sirotant des cocktails.
Un groupe de jeunes adolescentes m’intrigua, leur aspect
déluré me fit beaucoup rire et elles ne semblaient voir personne
d’autres à par elles toutes dans ce petit bar. Discrètement,
je commençais donc à prendre plusieurs clichés, zoomant sur le
petit groupe.
Alors que j’étais plongé dans mon travail
et m’investissait aussi dans des photographies d’un
couples de deux jeunes gens, une main lourde vînt me taper
l’épaule, me faisant sursauter sur ma place.
- HEY ?! Criais-je en me retournant sur
l’auteur de ce geste. Oh…
J’avalais prudemment ma salive,
déglutissant en regardant celui qui était face à moi.
- Excuses-moi, mais… Tu ne serais pas
Andrew, celui qui a gagné le concours de l’an dernier à
l’association ?
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Lilly
jeu 26 nov 2009 17:15