
ROUGE
GRENADINE
1
L'Appareil
Photo
Ce niveau de
surprise me perturba tellement que je cru que j’allais en
tomber au sol, comme mort. Rares avaient été les occasions
d’admirer un individu, de le trouver surprenant, ou encore
alléchant. Or, c’était le cas de ce garçon pour moi, Lewis
s’appelait-il. Cela n’avait rien à voir avec une
quelconque attirance physique ou sexuelle, je n’étais pas
homo, mais il était scandaleux de voir un type de cette envergure,
aussi impressionnant, beau, frôlant la perfection. Lewis était un
être incroyable, que je ne connaissais pas vraiment mais qui
m’avait énormément intimidé durant notre première entrevue,
il y a un mois.
Je me souvenais encore de son allure première,
lorsqu’il était apparu dans la salle, venant s’inscrire
au concours de photo. Il était grand, un peu plus que moi, de
quelques centimètres à peine, il avait un corps long et fin, nous
nous ressemblions beaucoup à ce niveau là. Son visage était assez
carré, lorsqu’il souriait, sa peau se rétractée, faisant
saillir ses os discrètement. Il avait des cheveux épais et châtains
foncés, s’il les laissait pousser, j’étais persuadé de
les voir onduler. Ses yeux, eux, étaient marrons-orangers
électrisants, ils paraissaient vifs et semblaient capter le moindre
mouvement. J’admirais inlassablement son physique, si beau,
on aurait pu croire qu’il sortait tout droit d’une
série télévisé où le banal n’existait pas. Si seulement
j’avais pu lui ressembler…
- Je me suis peut-être trompé, pardon… me
dit-il soudainement, interrompant mon souvenir de lui.
- Comment ?
- Tu n’es sans doute pas Andrew, je suis
désolé de t’av…
- Si si ! C’est bien moi ! Le coupais-je
vivement, admirant un furtif sourire.
Son regard croisa le mien maladroitement, un
léger malaise s’installa entre nous, j’avais bien le
sentiment qui ne se souvenait plus des raisons pour lesquelles il
venait de me parler. Et moi, muet comme une tombe, je ne faisais
que le fixer, détaillant son incroyable beauté et la façon dont ses
cheveux absorbaient le soleil, les éclaircissant, leur donnant même
une couleur d’or.
- Je suis ravi de te rencontrer alors, dit-il
finalement, tendant une main vers moi que je m’empressai de
saisir.
- Alors comme ça, tu es un des candidats ?
- Oui.
- Très bien.
Malaise. Ma main était toujours dans la sienne,
la secouant frénétiquement, ne cessant de lui dire bonjour.
C’était tellement stupide, et il semblait aussi con que moi à
ce niveau là. Puis, prudemment, nous nous reculâmes l’un de
l’autre et notre gêne mutuelle s’estompa, laissant
place à notre passion photographique.
- Je peux voir tes clichés ? Ou peut-être que tu
ne préfères pas, comme nous sommes censés être des concurrents ? Me
demanda-t-il, gentil. Te voir prendre des photos ici, ça m’a
intrigué.
- Je doute choisir cette série là, donc ça ne me
pose aucun problème.
Je lui tendis mon appareil-photo d’un
geste malgré tout réticent, et vivement, il partit en contemplation
des quelques prises que j’avais fait. Il parcourut toute la
séance d’aujourd’hui, puis, sans que je m’en
souvienne, il tomba nez à nez avec des autoportraits de moi, que
j’avais fait hier soir, dans ma chambre, à moitié nu. Je lui
arrachai l’appareil des mains dés que je m‘aperçu du
scandale, mais il le rattrapa rapidement, continuant de les
regarder, une expression admirative sur le visage.
- Tes photos sont extraordinaires !
- Ouai, mais elles sont vachement personnelles,
tu sais…
- Je suis un mec, on est constitué de la même
manière, me répliqua-t-il tout en continuant de regarder les
photographies.
- Lewis…
Soudainement, il s’arrêta net, alors que
les clichés devaient encore défiler sous ses yeux. Conscient de la
bourde que je venais de faire, mon visage passa au rouge vif en
quelques secondes.
- Je n’ai pas le souvenir de t’avoir
dit mon prénom Andrew.
- Oh… oh…
Son regard me parcouru tout entier,
s’arrêtant sur chaque parties de moi. Je me sentais analysé.
C’était déstabilisant.
- Ce n’est pas grave, je suis ravi de
savoir que j’ai pu te marquer au point que tu te souviennes
de mon prénom.
Je lui rendis un sourire gêné, puis il reprit la
suite des photos. Mes joues devaient s’empourprer à mesure
qu’il avançait dans mes archives, puis, au bout d’un
moment, il s’arrêta sur l’un des clichés, où seul un
drap noir venait cacher mes parties les plus intimes.
J’étais debout au milieu de la pièce, de
profil, le draps passait devant mon bas-ventre et s’enroulait
autour de ma jambe, laissant toutes les autres parties de mon corps
à l’air libre. Je savais parfaitement que s’il passait
à une autre photo, il me verrait presque de dos et sans rien du
tout sur moi, alors, dans un geste malheureux, je lui arrachai
l’appareil-photo des mains et tremblait à l’idée
qu’il pu me voir nu.
- Hey ! S’écria-t-il.
- Désolé, mais là, ce n’est plus très
soft, donc franchement, on arrête les dégâts tout de suite.
- Très bien… Excuses-moi alors, me dit-il
timidement, un sourire honnête au visage. Si tu veux, je te paie un
ou deux verres pour me faire vraiment pardonner.
- Non, mais il n’y a pas de mal, ne
t’en fais pas, rétorquais-je, tremblant de toute part.
- Si, j’insiste, viens !
M’entraîna-t-il immédiatement, me tirant par
l’avant-bras, posant ses mains au même endroit que Dana
l‘avait fait, quelques minutes auparavant. Le geste me paru
nettement moins dégoûtant que lorsque c’était la brune qui
l’avait osé. Bien sûr, une fois qu’il se rendit compte
que j’avançais sans broncher à ses côtés, il me lâcha et nous
allâmes prendre place dans un petit bar, à quelques mètres, où il
n’y avait presque personne -étonnant pour une ville comme
Paris, cela dit en passant.
Une fois installés, il me commanda un cocktail
assez fort, et la même chose pour lui. Moi qui n’était pas
tellement habitué à boire, je ne savais pas comment faire, mais il
était prit d’un engouement si puissant rien qu’à
l’idée de me payer quelque chose de cher que je finis par
accepter, sans aucun regret, bien entendu.
- Alors comme ça, nous sommes dans le même lycée
?
- Paraît-il, répondis-je, ne me souvenant pas de
l’avoir vu un jour.
- Je n’aurais pas cru… Tu es en
quelle classe ?
- Encore en seconde, une nouvelle
fois…
- Ah ? Ca doit être pour cela alors, je suis en
terminale, et on croise peu de seconde dans les couloirs.
C’était pourtant vrai, les salles
différées selon notre section d’âge. Les secondes étaient
souvent dans le même bâtiment, et les premières dans le leur, ainsi
que les terminales. Nous ne nous voyons qu’aux heures de
sorties, ou alors au CDI, c’était assez frustrant, mes
meilleurs amis étaient tous en premières actuellement et je ne les
voyais pour ainsi dire, jamais - c’était peut-être la raison
pour laquelle je les qualifiais de « meilleurs ».
- Enfin bon… soupirais-je, nous ne sommes
pas là pour parler de notre charmant bahut ! Fais voir tes photos,
tu as vu les miennes, donc…
- Hum… Tu as raison… répondit-il
tout en se penchant un peu plus en avant sur la table et tirant une
cigarette de son sac. Pour ce qui est des photos, ma carte mémoire
est vide, je venais à peine de sortir de chez moi lorsque je
t’ai croisé.
A l’instant où il termina sa phrase, une
flamme, de la même couleur que ses yeux, sorties de son briquet et
une forte dose de fumée vînt donner un aspect particulier à la
scène. Devant ce spectacle, je ne pouvais m’empêcher de
sortir mon appareil-photo pour prendre quelques clichés de mon
sympathique interlocuteur.
- Tu fais quoi Andrew ?
- Avec la fumée, les images sont
captivantes.
- Montres, m’ordonna-t-il en tendant la
main.
Je lui passai immédiatement mon appareil-photo,
il regarda rapidement ce que je venais de faire, un léger sourire
en guise d’expression.
- T’es plutôt doué quand même…
T’es un aussi bon en tant que photographe qu’en tant
que modèle !
Comprenant qu’il venait de se ré aventurer
vers mes clichés personnels, je lui arrachai une nouvelle fois
l’appareil-photo des mains et l’obligeai à
s’excuser. Une seconde plus tard, nos savoureux cocktails
étaient devant nos yeux.
Hypnotisé par Lewis, tout le temps que nous
passâmes à boire, je le prenais en photos sous toutes les coutures
possibles - du moins, de son visage. Il se laissait faire, ne
demandait qu’à voir de temps en temps, il semblait avoir
confiance en moi. Je n’avais aucune idée si les photographies
entre candidats étaient autorisées, mais quoiqu’il en soit,
ces quelques clichés iraient dans ma galerie personnelle. Il était
tellement beau que c’était une aubaine de le photographier
actuellement.
Environ deux heures plus tard, après mon
troisième cocktail, je commençai à sentir certains effets de
l’alcool. Ma vue se floutait en légèreté et mon humeur était
insouciante. Je n’arrêtais pas de rire à la moindre occasion,
sirotant de temps en temps dans le verre de Lewis.
- Hey ! C’est la quatrième fois que tu me
piques de ma boisson ! S’exclama-t-il, dans le même état que
moi, quasiment, les joues rouges.
Je ne répondais pas, me contentant de boire une
nouvelle gorgée.
- Tu sais quoi Andrew, j’ai une
idée…
- Dis toujours, répondis-je, posant
nonchalamment ma tête sur mes poings.
- Tu as pris des tas de photos de moi, mais je
n’en ai aucune de toi… Ca te dirait de passer
rapidement chez moi, le temps de faire quelques photos ?
Mon cerveau, encore moins intact que
d’ordinaire, tenta d’analyser l’offre qui me
paraissait étrangement équitable. Rieur, j’acceptais sans
réellement comprendre. Alors, je vis Lewis se lever pour aller
régler la note de notre petite débauche puis il m’entraîna à
l’extérieur du bar, titubant à ma manière.
Une dizaine de minutes plus - du moins, il me
semblait - nous étions arrivés dans un bel appartement qui se
trouvait au quatrième étage d’un immeuble relativement aisé.
Le décor me paraissait élégant, même noble, de jolis meubles
égayaient les pièces et lorsque je fus arriver devant le canapé, je
m’écrasais dessus, comme si j’étais chez moi.
Voyant que Lewis sortait son appareil-photo, je
mimai quelques poses exécrables, ayant du mal à me tenir normal.
Après plusieurs clichés, je me relevai enfin, titubant comme un
ivrogne, je me laissai prendre en photo, puis, comme si ce geste me
parut naturel, je posai mes mains sur les épaules de Lewis tout en
me collant à lui.
Nos visages n’étaient plus qu’à
quelques millimètres l’un de l’autre, je pouvais
inhaler son haleine à la menthe et lui, pouvait sentir la douceur
de ma peau qu’il venait de caresser au niveau de ma joue. A
ce geste, je fermai mes yeux, laissant mon visage se reposer contre
la paume de sa main chaude.
- Andrew… Ca te dis de faire encore
quelques photos ?
Mes mains remontèrent au même moment vers sa
nuque, venant palper la texture de ses cheveux.
- Mais… continua-t-il, un ton plus bas,
dans un genre un peu différent ?
Sa voix se faisait sensuelle, agréable. Son
front se posa sur le mien, nos lèvres s’effleurèrent une
seconde.
- Un peu comme celles que tu as pris hier soir,
tout seul… dans ta chambre…
Les yeux toujours clos, je sentis les dents de
Lewis mordre délicatement ma lèvre inférieure, donnant encore plus
d’envie à l’instant présent.
- Tu veux bien ? Acheva-t-il de me dire, presque
dans un murmure.
J’acquiesçai au travers d’un bruit
inutile, alors, sa main libre vînt attraper la mienne et il
m’entraîna dans une autre pièce, laquelle fut beaucoup plus
intime, avec un lit en son centre. Une fois à la hauteur de
ce-dernier, Lewis posa son appareil-photo dessus, pour revenir plus
librement vers moi et poser ses mains sur mes hanches. Ma bouche,
alléchée par ce moment, alla déposer un léger baiser dans son cou,
il ne prononça pas un mot, alors je continuai de l’embrasser,
faisant glisser ma langue sur sa peau. Dans un geste brusque, je
fus détacher de cette caresse car il me retira adroitement mon
t-shirt, puis, avec une plus de rigueur, il me jeta sur son lit
moelleux.
Une fois que je fus un peu mieux installer, je
me redressai sur mes coudes, regardant ce qu’il pouvait
faire. Une seconde plus tard, il vînt s’asseoir sur moi, à
califourchon sur mes cuisses, son appareil-photo en main. Plusieurs
flashs me brûlèrent les yeux tandis que mes doigts
s’infiltraient sous le chemisier de Lewis. Tendrement, je
faisais sauter tous ses boutons, caressant au fur et à mesure son
torse, alors qu’il continuait d’immortaliser chacune de
mes expressions. Comme il ne semblait pas réagir à cela, je me
décidai d’accélérer ma gestuelle et mes mains
s’attaquèrent à la fermeture éclair de son pantalon. Sans
mots dire, il ne fit que poser l’appareil-photo sur le côté
pour venir capturer mes poignets, les écartant de leur tâche. Ce
fut lui qui osa me toucher en premier, il baissa ma braguette sans
soucis et passa sa main à travers l’ouverture, me faisant
soudainement sursauter. Ses doigts, habiles, semblaient trouver
leur proie sans aucune difficulté. Rapidement, je sentis mon jeans
glisser le long de mes cuisses en même temps que Lewis ouvrait mon
caleçon, faisant sauter les trois boutons dans un seul geste. Dés
que ses doigts touchèrent ma peau nue, je soupirai langoureusement,
me laissant partir en arrière, la tête s’enfonçant dans les
couettes. Plusieurs flashs sortirent de l’appareil-photo,
rendant l’atmosphère encore plus intrigante. Puis les
mouvements de Lewis s’accentuèrent, me faisait vibrer de
l’intérieur. Lui aussi devait se sentir troubler car il se
pencha sans crainte vers moi et lorsque j’ouvris les yeux, se
fut pour voir son visage à quelques millimètres du miens. Retenant
mes gémissement du mieux que je pouvais, je sentis finalement ses
lèvres se poser sur les miennes et nos goûts mutuels se mélangèrent
ainsi. Tout en appuyant d’une main la tête de Lewis, et
serrant de l’autre, le tissu épais de la couette, nous
bougeâmes de plus en plus vite, sa main s’activant
rageusement sur moi, faisant battre mon cœur à vive allure.
Et alors que je me tordais dans tout les sens, un long râle sortit
de ma bouche, détachant mes lèvres de celles de Lewis.
En sueur, mes yeux s’écarquillèrent sur
mon visage, plongeant dans les siens, couleurs du soleil. Je ne
songeai même pas à l’acte qui venait de se produire tant mes
sens accaparaient mes troubles. Silencieusement, je déposai de
nouveau baisers sur ses lèvres, puis, alors qu’il
s’allongeait à mes côtés, posant sa tête sur mes épaules, je
sentis mon esprit chavirer et je sombrai dans l’inconnu,
m’endormant, saoul.
Et dire que je ne savais pas encore que
j’aimais les hommes.
.
. 

gros bisous lisa ! à bientot !! 


Lilly
jeu 26 nov 2009 21:21