
ROUGE
GRENADINE
3
Bipolaire
Nous étions déjà
lundi matin lorsque je décidai enfin d’émerger de ma vulgaire
bulle de comateux. Cela faisait presque vingt-quatre que je restais
dans ma chambre, la tête ailleurs, mon sac de cours toujours posé
vulgairement contre la porte. Avais-je des devoirs à faire pour
aujourd’hui ? Probablement. Quel était mon pourcentage de
chance que j’aille le vérifier ? Inférieur à zéro. Mort
de rire !
Dans l’immédiat, j’étais
agréablement allongé sur mon lit, mes jambes croisées et relevées
en l’air contre le mur face à moi. Mon ordinateur portable
était juste à côté de ma tête, diffusant mes albums en boucle
pendant que je songeai à tout et n’importe quoi.
N’importe quoi comme Lewis, tout comme la carte de mon
appareil-photo remplie de lui, et lui simplement. De très beaux
clichés en plus, vraiment sublimes, surtout ceux du bar,
lorsqu’il m’a entraîné dans sa décadence. Il était
irrésistible… Cela justifiait plus ou moins le fait que je
me sois laissé tenter. Même un cheval aurait eu une érection devant
lui !
Me laissant tenter par la musique, je me mis à
chantonner sans réellement faire trop de bruit - quatre heure,
pleine nuit, le réveil dans moins de deux heures pour les parents,
ce ne serait pas de bonne augure si j'étais découvert ainsi.
« And truth be told I miss you, and
truth be told I'm lying, tututututututu… »
Très délicat de ma part. Et pour ainsi dire, je
n’avais aucune idée de ce que je chantais de si bon matin,
j’étais aussi doué en anglais que ma grand-mère. Et elle
bouffait les pissenlits par la racine. Rassurant. Soudainement, mon
téléphone vibra sur la table de chevet, je me redressai légèrement,
admirant la chose se répéter une nouvelle fois et me décidai
finalement à décrocher.
- Ouai… dis-je d’un ton las.
- Genre, tu ne dors pas ?!
- DANA ?! m’écriai-je, manquant de tomber
à la renverse.
- Heu… Oui…
Et voilà que le pot de colle s’amusait à
m'emmerder la nuit désormais. J’étais sérieusement mal barré
avec cette fille, il faudrait vraiment que je mette les choses au
clair avec elle, elle épuisait mes ressources de bon sens.
- Excuses-moi de te déranger, je ne pensais pas
que tu décrocherais…
- En même temps, tu
m’appelles…
- Je sais, je sais… se lassa-t-elle, une
petite voix gênée en guise de parasite à ma cruauté.
- Tu me veux quoi d’ailleurs, à cette
heure là ?
- Oh… Rien, je n’arrivais pas à
dormir et puis, comme je pensais à toi, je t’ai appelé, sans
me souvenir de l’heure qu’il était.
J’émettais une sorte de grognement à son
adresse. Voilà qu’elle devenait insomniaque et fantasmait sur
moi. C’était grotesque.
- Andrew ?
- Ouai ?
- Non rien… Je vais te laisser.
Excuses-moi, encore une fois.
- C’est ça, ouai, répondis-je avec une
froideur qui m’était familière.
- Bonne fin de nuit… me dit-elle
gentiment, ignorant ma mauvaise humeur.
- Toi aussi.
Puis elle raccrocha avant que je n’eus le
temps d’entendre l’intégralité de son soupire et de la
manière dont elle reniflait. Visiblement, elle avait mal prit mon
comportement ? Grand bien me face, je ne veux pas d’elle dans
mon entourage, elle cessera peut-être de me tourner autour comme
une abeille autour du miel, ou une mouche autour de la
m….
- Merde.
Des pas précipités étaient sortis tout droit de
la chambre de mes parents. Rapidement, je fermai mon ordinateur et
me planquai sous mes couvertures, faisant semblant de dormir. Ma
porte de chambre s’ouvrit quelques secondes plus tard,
entre-ouvrant les yeux, j’aperçu la silhouette de mon père
qui m’observait.
- Andrew ? Me demanda-t-il.
Je ne répondais pas, mimant le sommeil, cela dû
marcher car après plusieurs hésitations à allumer la lumière et
vérifier si je dormais vraiment, mon père s’en alla. Et ainsi
blotti dans cette posture, en compagnie de mes oreillers moelleux
et de mes couvertures chaudes, je sombrai enfin dans le néant,
claqué comme une marmotte.
Hélas, le réveil sonna rapidement après cet
instant, me faisant regretter d’avoir veillé aussi tard. Peu
habile, je me redressai tout de suite, sentant le froid attaquer ma
peau alors qu’elle était si bien protégée sous mes couettes.
A deux doigts de me laisser sombrer de nouveau, j’attrapai un
vieux t-shirt et me dirigeai d’ores et déjà vers la salle de
bain, titubant dans le couloir. Je haïssais les lundis matin, cela
était toujours une épreuve abominable à supporter. Cette transition
pour retrouver les habitudes du quotidien, beurk… Les gens
étaient vraiment maso de faire cela chaque jour, comme si leur vie
en dépendant (en fait, c’était leur argent qui en dépendait,
et donc, par traduction, leur vie aussi...).
Rapidement, j’allumais le poste radio et
commençai à faire couler la douche. La musique que j’avais
chantonné hier résonna à mon oreille, il s’agissait de
Gives you Hell, une chanson des All-American Rejects, je
m’en souvenais désormais. J’adorais ce groupe. Alors,
sans aucune timidité, je reprenais l’un des meilleur
comportement classique humain : je chantais sous la douche.
- Hope it gives you hell ! Hope it gives you
hell !
- Andrew ! Moins fort s’il te plaît !!
Hurla la voix de ma sœur, Joodie, tout en tapant contre la
porte.
Alors, ravi d’avoir déclenché une réaction
de si bon matin, je lui répondais vivement :
- WHEN YOU SEE MY FACE !! HOPE IT GIVES YOU
HELL !!! HOPE IT GIVES YOU HELL !!!
Je l’entendis rager avant de donner un
violent coup de pied et partir en trombe ailleurs. Je priai
intérieurement qu’elle ne prévienne pas les parents, la
situation serait nettement moins drôle s’ils se mêlaient de
nos emmerdements quotidiens.
Une heure plus tard, après un regard noir de ma
sœur et une prise de tête avec ma mère, je sortais de la
maison et m’en allait vers mon ravissant lycée, songeant déjà
à la magnifique journée qui s’offrait à moi. Il était clair
que j’allais en profiter, comme tout les jours. Mon
appareil-photo était rangé dans mon sac, j’avais dans
l’espoir de prendre quelques clichés des individus de ma
classe, ils ne se laisseraient peut-être pas faire, mais je savais
que s’ils se lançaient dans une bonne partie de connerie, je
pourrais les photographier sans qu’ils n’y pensent.
J’allais donc pouvoir améliorer mes chances de gagner le
concours (encore).
Dés que je fus en mesure de passer les porte du
lycée, je sentis une main aussi lourde que samedi se poser sur mon
épaule. Vivement, je me retournai et déglutissais une nouvelle fois
en apercevant le visage possessif, vivant, expressif, de
Lewis.
- Salut Andrew ! Me dit-il gentiment, plongeant
ses yeux dans les mieux.
- Lewis, quelle surprise ! Répondis-je, souriant
maladroitement tout en avalant bruyamment ma salive.
Lorsqu’il se rapprocha de moi, je me
sentis brûler de l’intérieur. C’était effroyable, ce
connard me troublait ! Mon cœur se resserrait en sa présence
et dés que la douceur de son souffle se faisant sentir sur moi, je
frémissais comme un gamin trop sentimental.
- On devrait parler, m’annonça-t-il
sérieusement, m’emmenant à bonne distance des autres gens qui
passaient dans le hall.
- Heu…
- Je… Ce qu’il s’est passé
samedi, il faudrait qu’on s’explique là-dessus, tu ne
crois pas ?
Mes yeux tombèrent au sol, vaincus, mes cheveux
rouges vinrent me cacher de mon interlocuteur, et sans hésitation,
je lui répondis sur un ton désinvolte :
- Peut-être, mais pas maintenant Lewis !
- Andy, il y a des phot…
Il parlait, mais j’avais décidé de passer
outre et m’étais éloigné à l’instant même où
j’avais arrêté, de manière précoce, notre conversation. Peu
importe ce qu’il voulait dire, il était hors de question que
je laisse mon cœur s’emballer en sa présence ! Je
n’étais pas homosexuel. Lewis ne me concernait en rien, ce
que nous avions vécu, ce n’était qu’un souvenir, une
chose à laquelle je ne repenserais plus jamais ! Jamais
!



Lilly
jeu 26 nov 2009 21:33