
ROUGE
GRENADINE
4
Complication
En arrivant
devant ma salle de cours, je constatai - sans réelle surprise - que
Dana était déjà là, le regard perdu dans le vide, écoutant son Ipod
comme une paumée de la vie. Cela me rappela malencontreusement son
appel de cette nuit, ça avait été si stupide et visiblement, elle
ne s’en remettait pas, comme si cela pouvait m’avoir
atteint.
Lorsque je me posai contre le mur, en face
d’elle, elle releva légèrement la tête, posa ses yeux sur moi
et se détourna maladroitement, gêné. Je ne lui disais rien,
qu’est-ce qu’elle voulait de plus ? Au moins, elle
savait que je m’en fichai totalement. C’était correct
de ma part ! Plusieurs gars de la classe se ramenèrent dans le
couloir au bout de quelques secondes, je me précipitai vers eux,
évitant ainsi d’être encore confronté à cette fille.
J’avais besoin d’une compagnie un peu moins angoissée,
limite frustrée.
Rapidement, l’heure du cours arriva et
comme dans une jetée de porcs dans un bac de boue, nous rentrâmes
dans la salle. Gracieux. Obligatoirement placé aux premières tables
de la salle, j’entamais un méticuleux dessin quand, au bout
d’une trentaine de minutes, peut-être plus, la porte
s’ouvrit et mon cœur s’enflamma à l’instant
même, manquant de sortir par ma bouche. Lewis venait de refaire
apparition, me plongeant une nouvelle fois dans une interrogation
atroce. Gay or not gay ? That is the question ! Not, of course
!
- Bonjour, excusez-moi de vous déranger, mais on
m’a chargé de venir chercher Andrew Loiseau.
- Qui êtes-vous ?
- Lewis Eliott.
Mon professeur d’anglais regarda
rapidement à travers ses petite lunettes ce bel… enfoiré
d’intrus qui en avait après moi. Je ne savais pas si son
histoire était vraie, mais j’avais sympathiquement peur de ce
qu’il pouvait m’arriver si j’y réfléchissais de
trop à ce sujet. Il voulait m’enlever.
- Très bien, emmenez-le, de toute
manière…
Il toussota doucement afin d’éviter de
formuler la fin de sa phrase qui me paraissait quelque peu vexante.
Je décidai de ne pas m’en soucier, de toute manière,
j’étais habitué, et puis avec mes parents sur mon dos, rien
ne pouvait être pire. En retirant Lewis, bien entendu.
Quelques secondes plus tard, je sortais de la
salle avec mes affaires, tout en jetant un regard inquiet à mon
emmerdeur, je le questionnai :
- Dis-moi, t’es pas réellement chargé
d’aller me chercher ?
- Perspicace !
- Te fous pas de ma gueule, j’préfère
encore retourner en anglais si c’est ça !
- Non, Andrew, il fallait que j’te vois et
je n’ai trouvé de mieux que ce moyen-ci.
- Hehem… acquiesçais-je
stupidement.
Il s’arrêta net tout en se mettant devant
moi, ses yeux sans craintes, vifs et chaleureux me percutèrent
immédiatement, me déstabilisant. Mon cœur enchaîna une vague
de battements trop forts pour que je parvienne à rester zen et je
commençai déjà à perdre toute faculté à observer sans rougir. Un
sourire s’esquissa sur les lèvres de Lewis tandis qu’il
continuait de me fixer.
- Bon, il faut que tu viennes, j’ai
quelque chose à te montrer…
Il reparti au même moment, ne se rendant pas
compte, au départ, que je restai là, à le regarder et que, dans un
geste malheureux, mes yeux descendirent sur ses fesses. Oh my
fucking God ! C’était un mec, il fallait que je me
ressaisisse !!
- Andy ! m’appela-t-il, se retournant à
moitié.
Et je reprenais la marche en sa compagnie.
Après plusieurs couloirs qui me parurent encore
plus silencieux que d‘ordinaire, il m’entraîna dans les
toilettes du rez-de-chaussée. Je me stoppai net lorsqu’il se
retourna sur moi et me tendit son appareil-photo.
- Regardes les clichés Andrew…
- Qu’est-ce que c’est ?
Demandais-je, intrigué.
- Je n’ai vraiment pas le courage de te le
dire à voix haute, et puis…
- Et puis quoi ?
- Rien.
Il me lança un magnifique sourire tandis que
j’attrapais son appareil-photo. Allant dans le menu, je
m’attaquai rapidement aux clichés qu’il m’avait
demandé de regarder et là, je cru que j’allais poussé un
hurlement abominable.
- Oh my God ! C’est pas possible !
- C’est pas fini…
Mon cœur était en train de se décrocher de
ma poitrine. En relevant la tête vers le miroir en face de moi, je
constatai que mes joues avaient une teinte atrocement rouge tandis
que les clichés de ma première et UNIQUE relation homosexuelle
défilaient sur l’appareil-photo de Lewis.
- Effaces-les ! Effaces-les toutes !
Ordonnais-je à mon… interlocuteur.
- Je vais le faire, ne t’en fais
pas.
- Je te l’ordonne, je refuse que tu gardes
des photos pareilles de moi ! Est-ce que c’est clair ?!
Cette fois-ci, mon malaise s’écroula face
à ma colère.
- Je n’aurais jamais dû, mais jamais dû te
suivre dans ce bar pourri !
- Hey ! Avoues quand même que t’as passé
un bon moment !
- NON ! Criai-je, essayant de ne pas prêter
attention à la sensation à la fois chaleureuse et frissonnante que
j’avais dans le ventre.
Un sourire étrange se dessina sur le visage de
Lewis, il ne semblait pas croire ce que je venais de lui dire.
Pourtant, j’avais été clair, mon « non » était
impeccable, intransigeant, alors que pouvait-il imaginer
d’autre ?!
Je le vis s’avancer vers moi d’un
pas sûr, il approcha son visage du mien, faisant frôler ses lèvres
sur les miennes. Je me reculai instantanément, effrayé, puis, me
retrouvant adossé au mur, je ne savais plus comment faire. Alors,
dans un geste sûr, il posa ses mains sur mes hanches et callant mon
bassin contre le sien. Je déglutissais. Ainsi positionné, je ne
pouvais retenir les battements de mon cœur pendant
qu’il rapprochait férocement son visage du mien et que sans
aucune gêne, il m’embrassa. Au départ, ce ne fut qu’un
baiser très bref, presque anodin, mais lorsqu’il se colla
plus fermement à moi, j’ouvris - sans le vouloir (vraiment !)
- mes lèvres, et pour la première fois en pleine conscience,
j’échangeais un baiser fougueux avec Lewis. Un long, très
long et humide baiser.
Lorsqu’il se détacha légèrement de moi,
laissant malgré tout son visage à quelques centimètres du mien, il
me demanda à nouveau :
- Andrew, avoues que tu as passé un bon moment
l’autre soir…
Je le fixai sans réellement savoir pourquoi. Mes
yeux se plongèrent dans les siens une énième fois et lorsque je me
dégageai de cette emprise qui me déstabilisait tant, je lui
répondais, la voix plus faible que je ne l’aurais voulu
:
- Ne me touches plus jamais.
A ces mots, il se recula de moi d’un bon
mètre, me relâchant complètement. Son sourire s’était éteint,
et il me regarda de haut en bas.
- Très bien, les photos seront effacés, tu peux
me faire confiance.
Puis je le vis avancer vers la sortie des
toilettes, me lançant bouleversé.
- Aussi Andrew, excuses-moi de t’avoir
fait une chose aussi atroce, compte sur moi pour faire comme si on
ne se connaissait pas, je n’entacherais pas ta
réputation.
Et il disparut, m‘abandonnant. Je tremblai
de toute part, encore retourné par ce que je venais de vivre. Ce
qui était le plus atroce, c’était cet effet que Lewis
m’avait fait. Je ne voulais pas y croire, c’était
impossible pour moi, il était hors de question que j’en pince
pour un garçon, c’était obligatoire. J’aimais les
filles !
Avançant vers la sortie des toilettes, je passai
doucement la tête par la porte et regardai à droite et à gauche
s’il y avait encore quelqu’un. Constatant que la voix
était libre, je me manifestai dans le couloir, encore tremblant.
Immédiatement, je prie la direction de la sortie du lycée, comme
j’avais une heure de troue, j’allais en profiter pour
me rafraîchir les idées et tenter d’oublier cette mauvaise
phase, ainsi que cette mauvaise attirance.
- Pas gay, je n’étais pas gay ! Pas gay !
Pas gay ! Murmurais-je en commençant à marcher le long du trottoir.
C’était impossible !
Et comme pour me prouver l’inverse, je fis
à peine cent mètres que la silhouette atrocement belle de Lewis
réapparue sous mes yeux, sortant de la boulangerie avoisinante.
Paniquant, je courais me cacher derrière un poteau et n’osai
plus bouger.
Restant ainsi paralysé, je me focalisai sur une
des lignes du passage piéton, essayant d’oublier que Lewis
n’était pas loin afin de pouvoir démarrer de nouveau. Je
n’eus pas le temps de rassembler tout mon courage
qu’une main vînt se poser sur mon bras.
- Tu joues à quoi là ? Je t’ai traumatisé
à ce point là ?
Mon visage s’empourpra de nouveau, Lewis
me faisait face, encore et toujours Lewis. Le monde n’était
peuplé que de lui !
- Ta réaction est vraiment extrême Andrew,
c’est limite vexant…
- C’est pas ça…
- Qu’est-ce que c’est alors ?
Mes lèvres s’entre-ouvrirent légèrement,
j’étais horriblement mal à l’aise, je ne savais même
pas comment j’allais pouvoir prononcer ces mots. Soudain,
tout en prenant une profonde inspiration, je réussi à murmurer
:
- Je suis gay ?
et 






Lilly
jeu 26 nov 2009 21:41