
ROUGE
GRENADINE
7
Lunatique
J’étais
vraiment le roi des cons, le mec qui se plantait de cible à
embrasser et qui gardait sa connerie sur sa conscience. Moi, Andrew
Loiseau, je n’étais franchement pas doué. J’avais fait
fuir Lewis à une vitesse surprenante, cette manière qu’il
avait eu de passer à côté de moi en m’ignorant, sans même me
jeter un regard, j’en avais encore des frissons dans le dos.
Et Dana, heureuse de se dire qu’elle avait enfin eu raison
sur mon compte, elle qui se disait que je l’aimais
réciproquement, mon Dieu, si elle savait la vérité. J’étais
juste un bi ou un gay qui ne s’assumait vraiment pas, qui
fuyait, se cachait et se plantait royalement. Pourtant, je désirais
plus que tout embrasser à nouveau Lewis, avec lui, un simple baiser
se transformait en feu sur ma bouche, c’était intense et
vivant, alors que lorsque mes lèvres ont rencontré celles de Dana,
je n’avais rien senti, même pas une envie de la serrer contre
moi. C’était abominable, et dire que j’avais tout fait
foirer.
Alors je devais absolument bouger, aller voir
Lewis avant qu’il ne soit trop tard. Je me souvenais encore
de là où il vivait, du moins, à peu près. Mais pour ce faire, je
devais passer par-dessus l’autorisation de mes parents, et
ça, ce n’était pas encore gagné. Alors j’avais deux
solutions : demander et me prendre un « non » en pleine
tête, ou alors faire le mur (faire la porte, plutôt) et revenir
discrètement durant la nuit. Comme je n’avais pas le choix et
que je devais à tout prix m’excuser auprès de Lewis, je
prendrai la seconde solution, sans aucune hésitations. Je voulais
le revoir.
Vers vingt-deux heures, je fuyais donc mon
environnement familial et partais dans une mission suicide où
l’objet à retrouver devait m’en vouloir sérieusement.
Grâce à mon sens de l’orientation, je ne mis qu’une
demi-heure à retrouver l’immeuble où vivait Lewis, sans
chercher à comprendre, je rentrai dans le bâtiment et montai
jusqu’à l’étage où le nom « Elliot »
apparaîtrait. Sans trop de difficulté, je me retrouvai devant chez
lui, le cœur battant à vive allure, me détruisant la poitrine
avec puissance. Il allait me buter en me voyant.
Réunissant mon courage, je toquai à la porte et
quelques secondes plus tard, Lewis m’ouvrit, un sourire
absent sur les lèvres.
- Comment on se débarrasse de toi ? Me
demanda-t-il, exaspéré.
- Heu… Je voulais m’excu…
commençais-je à dire avant d’être interrompu par une gifle
instantanée en plein visage.
Celle là, sur le coup, je ne l’avais pas
prédis. Je n’aurais pas cru qu’il serait à ce point
remonté contre moi. Remarque, j’avais une tête à tartes,
alors bon, j’aurais dû y penser.
- Tires-toi d‘ici Andrew, me dit-il
clairement. En plus, je ne suis pas seul.
Cette dernière phrase me fit écarquiller les
yeux grossièrement. Oubliant la douleur que je ressentais sur ma
joue droite, je le poussai de toutes mes forces et rentrai dans son
appartement sans prévenir et découvris, aussi étonnant que cela
puisse paraître, le mec blond, pote de Liposuccion !
- T’es vraiment con Andrew !
M’insulta alors Lewis en allant rejoindre l’autre gars
pour le serrer par la taille, passant à côté de moi comme si de
rien n‘était. Maintenant, casses-toi, je n’ai vraiment
pas envie de te voir, les indécis, je les évite, et tes sautes
d’humeur commencent très sérieusement à m’agacer, alors
oublis-moi et prends une autre cible, mâle ou femelle, je
m’en contre-fiche mais barres-toi de chez moi !
Le blond passa ses mains le long des hanches de
Lewis, soulevant légèrement son t-shirt, me faisant signe
qu’ils avaient quelques activités à pratiquer. Haineux, je
préférai partir sans commentaires, claquant violemment la porte
d’entrée pour aller m’écraser contre un mur au niveau
de la cage d’escalier, là où il ne pourrait pas me voir. Pour
le moment, je n’avais pas le cran de repartir, c’était
tellement stupide, je venais de me prendre la plus grosse tôle du
monde en pleine tête, Lewis me haïssait et ne voulait plus me
revoir, quand à ce blond, il répéterait sûrement à Lipo que
j’étais gay, c’était certain ! Mes jours étaient
désormais comptés, j’étais bon pour en baver…
M’éclatant les mains sur le visage,
j’essayai de faire sortir quelques larmes de mes yeux, après
tout, ma situation était difficile désormais, c’était une
souffrance ce que je vivais ! Mais non, mes yeux restaient
complètement secs, je ne prenais jamais rien au sérieux, même pas
ma vie sociale ou ma vie sexuelle, même lorsque quelqu’un
décédé, je ne pleurai pas, alors, il était logique que je
n’arrive pas à chialer pour Lewis. Malgré tout,
j’essayai d’imiter les sanglots de ceux qui souffrent,
des espèces de faux tressautements de ma voix se firent entendre,
mimant les pleurs. C’était d’une laideur incomparable.
Je n’arrivais pas à pleurer. Alors, dans un soupir, je me
relevai et fixai les escaliers droits devant moi, je venais de
perdre ma chance avec Lewis, il fallait désormais que je retourne à
la maison purger ma peine, car forcément, vue ma malchance, mes
parents avaient dû choper ma sortie nocturne, donc d’ici que
mon père ne me déglingue pas la tête, il n’y avait pas des
kilomètres. Au moins, ça, ça me ferait peut-être pleurer.
J’allais donc repartir quand soudainement,
une voix familière sortie de chez Lewis, il venait d’ouvrir
la porte et apparemment, le blond s’en allait. Déjà !
- Merci Sean, tu viens de me sauver la vie
!
- De rien, je te devais bien ça, assura-t-il en
retour.
- Ce qu’il m’a fait tout à
l’heure, je le digérerai jamais, il est vraiment trop con !
Donc autant couper immédiatement, avant que je me lance dans une
relation avec un petit joueur.
- N’y pense plus, de toute manière, il
doit être rentrer chez lui pour pleurer sa connerie ! Répondit,
hilare, le blond nommé Sean.
- Je suppose, mais le plus dur, ça va être de
l’ignorer… Avoue qu’il est pas mal quand même,
il a visage si juvénile…
- Tu parles, des comme lui, tu en trouveras où
tu veux !
- Tu as raison, sans doute, je vais zapper ce
gamin et trouver quelqu’un de mieux ! S’exclama alors
Lewis, sans doute peu souriant, cela s‘entendant à sa voix.
Bon allez, à bientôt Sean et encore merci !
- Ouai, pas de problèmes, à bientôt mec !
Quelques secondes plus tard, j’entendis le
blond prendre l’ascenseur et la porte de l’appartement
se refermer. Je n’arrivais pas à y croire ! Ils avaient joué
la comédie ! Tout ça parce que j’avais fait le con et que
Lewis ne voulait plus de moi désormais ! Du moins, c’était ce
qu’il disait, mais visiblement, je lui plaisais plus que ce
que je ne le présumais. C’était excellent !
Sans réfléchir, je retournai donc toquer à la
porte, décidé à ne pas laisser ce garçon me filer entre les doigts.
J’étais homosexuel, il fallait que je l’admette, je ne
pouvais plus rien y changer, c’était de plus en plus
officiel, j’éprouverai une trop grande peine si Lewis
décidait de me repousser à nouveau. Je le sentais au plus profond
de moi, je ne pouvais plus le décevoir désormais, ni lui, ni
moi.
- Oui ? Dit-il en ouvrant de nouveau la porte,
son t-shirt passé aux oubliettes. Oh non, je ne peux pas y croire
!
- C’était un mensonge ! Je vous ai entendu
! Lui dis-je, laissant mon regard descendre sur son torse, perturbé
par cette vision.
- Imbécile ! Casses-toi ! C’était un
mensonge pour que je puisse me débarrasser d’un boulet tel
que toi ! Merde !
- J’en ai rien à foutre !
M’écriais-je en bloquant la porte de mon pied. Laisse-moi
rentrer Lewis.
- Non.
- S’il te plaît.
- Non, dégages !
Alors, sans plus attendre, je le poussai à
nouveau et le forçai à me laisser rentrer dans son appartement.
Nerveux et surtout gêné, je perdis mes moyens lorsqu’il
s’approcha de moi pour me tirer par les bras et me jeter une
nouvelle fois dehors. Je résistai de mon mieux, mais la seule
résistance que je parvins à avoir fût celle de me retrouver par
terre, alors qu’il me tenait encore par les poignets.
- J’hallucine Andrew… Mais
t’es vraiment un môme…
- Ecoutes… lui dis-je en relevant ma
tête. Je sais que je ne suis pas doué, que je suis même un peu con,
j’ai dû te blesser tout à l’heure, et si ce n’est
pas le cas, je me suis blessé moi-même, je ne voulais pas
l’embrasser, c’était sur toi que j’avais envie de
courir, quand t’es apparu, ça m’a fait craquer
et…
- Arrêtes ton charabia Andrew et sors de chez
moi, c’est limite de la violation de domicile.
- Non, je veux que tu m’écoutes !
Insistais-je, toujours écroulé par terre. Lewis, pour moi, tout ça,
c’est nouveau, je ne savais pas que j’étais attiré par
les hommes, ou du moins, par toi, et ça me fout les boules tu sais
! Toi, t’as l’air habitué, tu t’en sors plutôt
bien et tu acceptes ça facilement, mais pour moi, c’est
complètement différent ! Il y a encore quelques temps,
j’aimais les gonzesses, j’en étais convaincu et puis
t’as débarqué dans ma vie et tu m’as donné envie de
t…
Je me coupai, n’arrivant pas à formuler ma
phrase correctement. Lewis me regardait de haut, près à me jeter à
la fin de ma tirade où j’étais profondément ridicule. Il me
semblait qu’il n’y avait plus d’espoir quand
soudainement, sans trop savoir pour quelle raison, il me lâcha les
bras et me gifla à nouveau, me faisait tomber sur le côté.
J’allais me redresser quand je sentis un violent coup de pied
m’atterrir dans le bas du dos.
- Aie !! M’écriais-je, endoloris.
- Tu m’énerves ! Me répondit-il,
s’éloignant de moi.
Je me relevai tant bien que mal et le suivis,
voulant savoir ce qu’il en était pour lui, il dû me sentir
derrière son dos car il se retourna de vive allure pour me frapper
une nouvelle fois, chose que j’esquivai avec brio, cette
fois-ci.
- Du calme Lewis, s’il te plaît… Je
sais que j’ai fait le con, mais je ne mérite pas ça.
- Non, tu mériterais que je te jettes dehors à
coup de pied dans le cul ! M’hurla-t-il en m’indiquant
la sortie du doigt.
- Désolé… répondis-je en baissant la
tête.
Je devais être rouge comme une tomate tellement
la situation me gênait. Cette fois-ci, je l’avais gravement
agacé, je ne savais pas qu’il avait un caractère si brutal
lorsqu’il n’était pas ravi, mais tant pis pour moi, je
l’avais bien chercher sur ce coup. Alors, sans réfléchir, je
lui bondissais dessus, près à l’embrasser. Cependant, il me
repoussa fortement, me projetant contre le mur derrière moi. Mon
visage se crispa au contact du béton qui me fit mal.
Je l’observai de loin, les mains relevées,
comme si quelqu’un était en train de m’arrêter. Il
s’avança alors vers moi et soupira bruyamment, son regard ne
m’indiquait rien de bond, lui qui était pourtant si
rayonnant, vivant et chaleureux, ce soir, il n’était
qu’une violence qui m’était intégralement destinée.
J’en éprouvai beaucoup de douleur.
- Pardonnes-moi… lui murmurais-je, le
fixant tristement.
- Tu parles, si je te pardonnes, demain, tu
auras un comportement encore plus puéril que celui
d’aujourd’hui, j’en ai marre de toi Andrew et ça
ne fait que quelques jours que je te connais. Ca a été une grave
erreur de te chercher, je n’aurais jamais dû ! Me
cingla-t-il, dans une colère noire.
Baissant les yeux, je ne savais pas quoi lui
répondre, seule une solution semblait apparaître dans mon esprit,
alors sans trop savoir pourquoi, je retirai mes vêtements un à un
sous son regard médusé pour finalement me retrouver complètement nu
devant lui. Cachant une certaine partie de moi en rougissant, je le
regardai de nouveau et lui murmurai, la voix angoissée :
- Fais ce que tu veux de moi pourvue
que tu me pardonnes…
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Lilly
jeu 26 nov 2009 22:13