
ROUGE
GRENADINE
6
Minou
Minou !
- Andrew,
ressaisis-toi ! Me dis-je discrètement à moi-même, le soir venu,
assis devant mon ordinateur. Tu vas te prouver que les vagins et
toi, c’est pour toujours !
Je fixai l’écran comme s’il était
mon adversaire. Il fallait que je parvienne à oublier cette maudite
lubie que représentait Lewis, il fallait que je mette un point
d’honneur à ce problème (et que j’arrête d’être
si… tendu, en pensant à lui).
Me dirigeant immédiatement sur Internet,
j’éteignais rapidement la lumière de ma chambre, je ne tenais
absolument pas à voir mes parents débarquer dans l’instant.
Google s’ouvrit devant mes yeux avides de ma future liberté,
et sans plus attendre, je fonçais dans mes adresses favorites et
trouvai facilement ce que je convoitais ; l’un des meilleurs
sites de cul que je puisse connaître au monde !
La barre de recherche des vidéos en streaming me
demanda de taper plusieurs mots clés, et bien sûr, le site était en
anglais, mais lorsqu’il s’agissait de ce genre de
distraction, je me révélais très doué dans cette langue.
- Pussy… pussy est un mot
important…
Il fallait absolument que je vois un vagin,
c’était vital pour ma sexualité, si je me sentais en parfaite
osmose avec une image de paire de gros sein qui remues, alors là,
je serais délivré ! Il fallait que cette habitude me revienne de
droit, c’était important. Je cliquai alors sur la première
vidéo qui passait, la lançant sans plus attendre, et patientai
quelques secondes le temps du chargement. Posant mon regard sur mon
caleçon, je lui murmurais très élégamment :
- Tu vas voir qui c’est qui commande ici
!
Et sans plus attendre, je démarrai la vidéo,
mettant mon casque sur les oreilles. Le scénario de base était
tellement vulgaire que je cru ne jamais pouvoir regarder plus
d’une minute, mais il fallait que j’en passe par là
pour revivre au grand jour, sans passer par un coming out
auprès de mes parents.
Ainsi, dix minutes passèrent, la fille avait
déjà eu le temps de côtoyer les parties les plus… intimes du
garçon, mais, malheureusement, presque rien ne se passait en bas,
sur moi. Déçu, je retirai la vidéo et en cherchai une autre. Le
temps que je trouve de quoi me satisfaire, et le peu de choses qui
avaient tenter de se montrer se démotivèrent, me forçant à me
sentir de plus en plus stupide à faire ça. Pourtant, ce
n’était pas comme si c’était la première fois ! Je
venais parfois sur ce site, mais les raisons étaient différentes,
je ne tentais pas de me prouver que je n’étais pas gay, je me
faisais simplement plaisir en ce temps là ! Or, aujourd’hui,
la cause était bien moins agréable.
Un éclair de génie me traversa alors
l‘esprit, peut-être qu’en lançant une vidéo entre mecs,
je serais tellement choqué et dégoûté que rien ne se passerait
aussi ! Si ça se trouvait, j’étais simplement pas
d’humeur à ça ce soir (cas rare, cela dit). Un sourire
réapparaissant sur mes lèvres, je me mis à taper les mots comme
« gay » et « sex » sur mon clavier, fière
d’avoir trouver une autre technique pour effacer Lewis de mes
pensées. Sans aucune crainte, j’ouvris la première vidéo qui
passait et me lançai dans l’opération « n’aime pas
les pénis ». Ricanant, j’attendis quelques minutes, déjà
sûr de moi. Le départ fut comme je le rêvais ; aucune
réaction.
- T’as vu ça, hein ! Dis-je en regardant
de nouveau mon caleçon. T’as perdu !
Tout à coup, sachant que durant le temps où
j’avais baissé la tête, j’avais décidé d’aller
plus loin dans la vidéo, un son étrange me parvint aux oreilles ;
un bruit de succion. Me redressant soudainement tout en voyant deux
hommes se faire le plus grand bien, magner la situation bien mieux
qu’une… une fille, je sentis ma propre… ma
propre trahison me répondre : « Ah Ah Andrew ! C’est toi
qui a perdu !! ».
Un cri aiguë sorti alors de ma bouche tandis que
j’essayais de contrôler une chose incontrôlable. Refermant
mon ordinateur portable sans aucune délicatesse, j’étouffais
le hurlement d’un « non » et faisait semblant de
pleurer alors que la dure (malheureusement) réalité de mon
homosexualité se dévoilait (presque) au grand jour (du moins, mon
jour).
- C’est pas possible…
Et un murmure dans ma tête se fit entendre :
« Game Over ».
Le lendemain, je me traînai tristement au lycée,
sans aucune envie de croiser Lewis, ni qui que se soit. La
confirmation d’apprécier plus les hommes que les femmes me
déstabilisait horriblement. J’avais l’impression que
tout le monde me dévisageait, comme s’ils étaient tous au
courant de mon changement - si changement il y avait.
Quand j’avais détaillé Lewis la première
fois, et lorsque je détaillais mes amis pour les photographies, je
pensais que ce n’était que d’un œil artistique,
mais Lewis m’avait prouvé l’inverse de cela, en fait,
je devais être bisexuel - je ne pouvais pas encore me considérer
comme totalement attiré par les mecs, c’était plus fort que
moi - depuis plus longtemps que je ne le pensais, sauf que je
n’y avais pas encore vraiment pensé.
Je soupirai, presque malheureux, en arrivant
devant le bahut. Au loin, j’aperçu Dana, elle me fixait
intensément, les yeux plein de gênes, elle n’osait plus me
parler depuis le coup de téléphone, et tant mieux, elle
n’avait aucune chance avec moi, cette fois-ci, elle pouvait
en avoir la certitude. Je comprenais mieux maintenant, ce qui
pouvait m’empêcher de la vouloir, c’était désormais
limpide. Et comme pour me prouver ces dires, Lewis sortit du lycée,
allant sans doute fumer une cigarette à l’extérieur, en le
voyant doubler Dana, je pus faire une comparaison entre eux, et mon
cœur s’enflamma en pensant à lui, plutôt qu’à
elle… même nue. En passant à côté de moi, Lewis me frôla de
son épaule, plantant son regard dans le miens, je déglutis face à
cette approche. Il m’envoya un furtif sourire tout en mettant
sa cigarette à sa bouche (geste que je trouvais soudainement
érotique, vu ce que j’avais aperçu hier, sur la vidéo). Je
voulu le suivre du regard, et peut-être même l‘accompagner,
mais ma gêne me força à rentrer dans le bahut, comme si de rien
n’était - hormis mon cœur proche de l’explosion,
tout était parfait.
- Tiens, v’là le débile qui redouble une
troisième fois sa seconde ! S’écria une voix que je ne
connaissais que trop bien pour la maudire plus que tout.
- Oh, Liposuccion ! J’espère que tu vas
bien toi aussi ? Répondis-je, un grand sourire aux lèvres comme si
j’étais ravi de le voir.
Surnom très fin, oui, mais ô combien excellent !
Je nommais ce garçon ainsi parce qu’il avait une peau grasse,
visqueuse et qui semblait tomber comme si on lui avait retirer
toute sa graisse. Digne d’une liposuccion ratée, quoi ! Et
comme nous ne nous supportions pas, les petites attentions comme
celles-ci me plaisaient grandement.
Son véritable prénom était, il me semblait,
Daniel. A bien le regarder, ce n’était pas un laideron sur
patte, il me faisait juste penser à vautour, c’était tout. Il
avait des cheveux noirs relativement longs, des yeux de la même
couleurs et surtout, une allure grossière. En principe, il
s’habillait toujours avec des habits semblables, parfois,
j’avais l’impression qu’il n’avait que ça à
se mettre, c’était assez effrayant. Mais bon, comme je ne
l’aimais pas, le voir se fringuer comme un porc qui pue ne me
dérangeait pas !
- Fais gaffe, tu pourrais avoir des ennuis à
m’appeler comme ça ! M’avertit-il, me faisant avoir un
immense sourire aux lèvres.
- Pourquoi, tu vas lancer ton cerveau à ma
poursuite ? Dans ce cas, j’ai encore une sacré marge pour
fuir !
- C’est toi le crétin !
- Qui dit « crétin », dit alors
« le cerveau déconne », donc moi au moins, j’en ai
un !
Je le vis commencer à s’élancer vers moi
avant d’être rattraper de justesse par l’un de ses amis
; un garçon aux cheveux opposés à ceux de Liposuccion, des cheveux
aussi blonds que le blé. Impressionnant de les voir ensemble.
- Casses-toi, m’ordonna alors ce type, me
dévisageant.
- Penses à te laver les mains, lui répondis-je,
fixant le bras encore tenu de Daniel.
Ce dernier manqua de s’élancer à nouveau
en comprenant mon sous-entendu, je partis en courant avant
qu’il ne s’énerve de trop et continuait de rire comme
un idiot. Ce type me défoulait, c’était excellent, je
n’avais que très rarement rencontrer des gens aussi
inutiles.
Les heures de cours passèrent à une vitesse
incroyable, j’étais passé du matin à dix-huit heure sans
réellement m’en rendre compte, cela dit, j’étais pas
mal dans la lune donc le temps allait très vite, ce n’était
pas pour me déplaire.
A la sortie du lycée, j’aperçu une petite
silhouette qui semblait patienter et qui s’était tourné vers
moi à l’instant même où j’étais apparu. Soupirant, je
m’approchais de Dana sans en avoir vraiment
l’envie.
- Andy ? M’appela-t-elle, sans me laisser
le temps d’ouvrir ma propre bouche.
- Oui, que veux-tu ? Demandais-je, le ton
relativement sec.
- Ecoutes, je sais que tu me prend pour une
conne, une fille nulle, stupide et atrocement gamine, je l’ai
compris ces derniers temps, mais tu vois…
Elle marqua une petite pose, prenant une grande
inspiration :
- Andrew, je suis amoureuse de toi…
Et…
- Ne dis rien d’autre Dana, la coupais-je,
n’ayant pas envie de devoir lui faire du mal.
Je réfléchissais à un moyen de lui dire
gentiment qu’elle ne m’intéressait pas et qu’elle
n’avait aucune chance avec moi, quand je vis Lewis sortir du
lycée à son tour, atrocement beau, m’attirant d’autant
plus que d’ordinaire. Le soleil était fort bas à cette
heure-ci et cette luminosité donnait une importance encore plus
grande au charme de Lewis, c’était une souffrance que de le
voir avancer, me fixant intensément. Alors, sans trop attendre,
perturbé par cette vision, je me retournai sur Dana et
l’embrassai à pleine bouche…
Bien joué…
Mélo => HAN ! Horreur ! Comment peux-tu comparer MON Valéry à Daniel XD OMG!! Il est la représentation d'une personne que je n'aime pas et qui porte aussi ce nom là ! J'm'étais pris la tête avec, du coup, j'ai créé un perso inutile et moche x)... Mon pauvre petit Val d'amour... OMG OMG.. *met ses mains sur les oreilles de Val* N'écoutes pas la vilaine Mélo mon chéri é.è


