Rouge Grenadine

Rouge Grenadine - Prologue  (Rouge Grenadine) posté le dimanche 25 janvier 2009 20:31

ROUGE GRENADINE

Prologue

 

    Je tenais adroitement mon appareil-photo.
    C’était la seconde année consécutive que je me lançais dans un concours photographique, et cette passion m’avait déjà mené à gagner la première fois. J’en étais d’ailleurs très fière, je me souviendrais toujours du thème que nous avions eu la fois précédente : la ville. Moi qui était complètement urbain, cette demande m’avait amplement satisfait ! Et lorsque l’on m’avait annoncé grand gagnant, j’en avais été tellement ravi !
    J’avais seize ans à cette époque et je m’apprêtais à redoubler fièrement, pour la deuxième fois consécutive, mon année de seconde. Mon nom était Andrew, Andrew Loiseau pour être précis. J’habitais en France, à Paris, depuis ma naissance, je ne connaissais que la capitale et les divers pays que j’avais eu la chance de visiter. Né dans une famille relativement aisée, j’appartenais à une catégorie de personne bien élevée, sans bizarreries et atrocement bien vue. Cette dernière clause avait été plusieurs fois bafoué par le comportement « indécent » que j’osais adopter depuis ma jeunesse. Je me fichais complètement du monde dans lequel je grandissais, les gens m’indifféraient tellement que j’en devenais agaçant, j’étais peu apprécié par mon entourage et mes parents étaient désespérés de me trouver si con. Malheureusement.
    Mais à la différence de ma connerie, j’étais un beau type de dix-sept ans. Mes cheveux étaient courts et touffus, mal coiffés et teints dans un rouge à la limite du grenat, qui me faisait un peu penser au sirop de grenadine, d’ailleurs, c’était à partir de cela que j’avais choisi cette couleur. Amusant. A l’instar de mes cheveux, mes yeux étaient marrons foncés, et pas très expressifs, mais ils avaient une forme particulièrement incroyable : on disait de moi que j’avais des yeux vicieux. Mon visage, lui, était assez fin, ovale et se constituait d’un nez en trompette et d’une bouche souriante. J’avais une peau très claire mais qui avait une sérieuse tendance à se teinter dans toutes les couleurs possibles, du rouge au vert, passant par le bleu. Niveau corpulence, j’étais un garçon vraiment mince, sans doute pas maigre, mais le fait d’avoir des petits os n’avait pas arranger mon corps. Mes épaules étaient carrés et me donnaient une allure très masculine, j’étais aussi très grand, dans les environs d’un mètre quatre-vingt trois pour je-ne-sais-combien-de-kilos (je n’aimais pas les balances).
    Psychologiquement, j’avais un esprit très, mais très lunatique, je passais d’une émotion à une autre pour n’importe quelles raisons. Si j’étais d’humeur agréable et que quelqu’un s’amusait à me titiller un peu trop, je pouvais m’emporter et entrer dans une colère noire. J’avais un sale caractère, pas aimable, pas facile et encore moins supportable. En somme, j’étais la pire personne que l’on puisse avoir dans son entourage, et cela se voyait sur ma condition actuelle : célibataire, sans amis précieux, une famille qui adorerait me foutre en pension à cinq-cents kilomètres. L.O.L.
    - Oh, Andy ! M’interpella soudainement une voix que j’aurais reconnu parmi mille personnes.
    Ma bouche se déforma d’ailleurs dans un rictus de non-sympathie envers l’individu en question qui s’avançait vers moi, tout sourire : une pompeuse de ma classe, Dana.
    - Qu’est-ce que tu fais ? C’est rare de te croiser en centre ville ! Me demanda-t-elle en se plaçant juste devant moi.
    La tête relevée vers moi, elle me dévisageait de ses grands yeux bleus, ses cheveux noirs tombant de façon ordonnés dessus ainsi que le long de ses épaules. Cette abrutie me suivait partout depuis quelques mois, depuis le jour où je lui avais adressé la parole en cours d’anglais pour lui demander une feuille, elle avait interprété cet acte comme si je lui vouai un culte et que je courais après son vagin comme mes parents après l’argent. Lot of Laughs ! Ah ah !
    - Heu… des photos, dis-je finalement en soulevant mon énorme appareil photo.
    - Ah bon ? Pourquoi ? Ca doit être intéressant ?!
    « Autant que ta gueule quand t’es loin de moi » me permis-je de penser, me retrouvant avec un sourire sur le visage qui forcément fut vu comme une déclaration d’amour pour Dana. Malchance.
    - Je participe à un concours, et ça demande beaucoup de travail et de concentration.
    - Je peux t’aider si tu veux ? S’enquit-elle de me dire, le visage heureux.
    Mes yeux croisèrent le bitume à la place de ceux de la brune, je battais maladroitement des cils, gardant mon sourire moqueur au visage tout en cherchant une réponse convenable sans la traiter de débile.
    - Ce n’est pas un travail de groupe, admis-je, espérant qu’elle comprendrait.
    - Je vois, me répondit-elle, semblant réfléchir, oh ! Je sais ! Je pourrais m’inscrire aussi à ton concours et nous pourrions passer un peu de temps ensemble ?!
    Ma bouche s’ouvrit, outrée d’entendre une chose aussi effrayante, mais je n’eus pas le temps de répliquer quoi que se soit que Dana me demanda où est-ce que je m’étais inscrit.
    - Tu sais, c’est vraiment un concours difficile, et il se termine bientôt ! Je doute que les inscriptions soient encore ouvertes !
    - Qui ne tente rien n’a rien, Andy !
    « Malheureusement… » songeais-je, blême de devoir me coltiner cette tâche de menthe dans mon verre de grenadine.
    - Ecoutes Dana, je vais voir ce que je peux faire pour toi et je te tiens au courant dés que possible, lui souriais-je en retour, m’efforçant de paraître aimable.
    Ce n’était même pas fourbe comme moyen de me débarrasser d’elle, je me faisais honte au travers de ce comportement. Je pourrais me débarrasser d’elle pour toujours…
    - Vraiment ? Se serait formidable ! S’écria-t-elle tout en dévoilant ses grandes dents blanches.
    J’acquiesçai gentiment, la regardant encore quelques secondes, puis remarquant qu’elle se taisait enfin, je me reculai d’elle, commençant à me retourner pour partir loin, très loin de sa trajectoire.
    - Où vas-tu ? Me rattrapa-t-elle, posant sa main sur mon bras, chose qui me fit tressaillir. Beurk.
    « Ne pas lui vomir dessus et ne pas l’insulter, surtout pas ! Tu peux y arriver Andrew, tu peux être sympathique avec cette greluche », songeai-je en regardant sa main qui tenait mon avant-bras découvert.
    - Je dois faire mes photos Dana, seul, pour le concours dont je viens de te parler ! Lui rappelais-je, nerveux.
    - Ah oui, c’est vrai. Tu veux que je m’en aille peut-être ?
    «  MAIS ELLE EST CONNE OU ELLE LE FAIT EXPRES ?! »
    - Se serait… Comment dire, oui, je pense que tu devrais y aller, j’ai des tas de choses de prévus pour ce soir, donc j’aimerais avancer vite pour mon concours.   
    - Tu as prévu quoi pour ta soirée ?
    Cette fois-ci, mon sourire de couverture s’effaça intégralement de mon visage. Si jamais elle voulait me voir ce soir, elle allait se prendre un râteau mémorable en plein face.
    - Non, rien ! Se rattrapa-t-elle finalement. Je vais te laisser ! A ce soir sur msn sûrement !
    - C’est ça, oui, dis-je gentiment tout en lui faisant la bise pour qu’elle s’éloigne très vite d’ici.
    C’était le geste incontournable pour faire partir les gens.
    Me retrouvant enfin seul, je me détournai rapidement de la silhouette de Dana qui continuait de se retourner à intervalle régulière sur moi. Quelle tâche. Une fois que je fus suffisamment éloigné, je regardai dans les alentours, cherchant des modèles intéressants pour mes photographies. Cette année, le thème était lié aux portraits, je m’étais dit que prendre les gens pendant qu’ils ne se doutaient de rien, cela valait le coup et pouvait donner un sens réaliste aux photos. Hâtif, je me retrouvai vite devant une terrasse à café très discrète où plusieurs individus se leurrés au soleil, sirotant des cocktails. Un groupe de jeunes adolescentes m’intrigua, leur aspect déluré me fit beaucoup rire et elles ne semblaient voir personne d’autres à par elles toutes dans ce petit bar. Discrètement, je commençais donc à prendre plusieurs clichés, zoomant sur le petit groupe.
    Alors que j’étais plongé dans mon travail et m’investissait aussi dans des photographies d’un couples de deux jeunes gens, une main lourde vînt me taper l’épaule, me faisant sursauter sur ma place.
    - HEY ?! Criais-je en me retournant sur l’auteur de ce geste. Oh…
    J’avalais prudemment ma salive, déglutissant en regardant celui qui était face à moi.
    - Excuses-moi, mais… Tu ne serais pas Andrew, celui qui a gagné le concours de l’an dernier à l’association ?

 

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Rouge Grenadine - L'Appareil-Photo  (Rouge Grenadine) posté le lundi 26 janvier 2009 16:44

ROUGE GRENADINE


1

L'Appareil Photo

 

    Ce niveau de surprise me perturba tellement que je cru que j’allais en tomber au sol, comme mort. Rares avaient été les occasions d’admirer un individu, de le trouver surprenant, ou encore alléchant. Or, c’était le cas de ce garçon pour moi, Lewis s’appelait-il. Cela n’avait rien à voir avec une quelconque attirance physique ou sexuelle, je n’étais pas homo, mais il était scandaleux de voir un type de cette envergure, aussi impressionnant, beau, frôlant la perfection. Lewis était un être incroyable, que je ne connaissais pas vraiment mais qui m’avait énormément intimidé durant notre première entrevue, il y a un mois.
    Je me souvenais encore de son allure première, lorsqu’il était apparu dans la salle, venant s’inscrire au concours de photo. Il était grand, un peu plus que moi, de quelques centimètres à peine, il avait un corps long et fin, nous nous ressemblions beaucoup à ce niveau là. Son visage était assez carré, lorsqu’il souriait, sa peau se rétractée, faisant saillir ses os discrètement. Il avait des cheveux épais et châtains foncés, s’il les laissait pousser, j’étais persuadé de les voir onduler. Ses yeux, eux, étaient marrons-orangers électrisants, ils paraissaient vifs et semblaient capter le moindre mouvement. J’admirais inlassablement son physique, si beau, on aurait pu croire qu’il sortait tout droit d’une série télévisé où le banal n’existait pas. Si seulement j’avais pu lui ressembler…
    - Je me suis peut-être trompé, pardon… me dit-il soudainement, interrompant mon souvenir de lui.
    - Comment ?
    - Tu n’es sans doute pas Andrew, je suis désolé de t’av…
    - Si si ! C’est bien moi ! Le coupais-je vivement, admirant un furtif sourire.
    Son regard croisa le mien maladroitement, un léger malaise s’installa entre nous, j’avais bien le sentiment qui ne se souvenait plus des raisons pour lesquelles il venait de me parler. Et moi, muet comme une tombe, je ne faisais que le fixer, détaillant son incroyable beauté et la façon dont ses cheveux absorbaient le soleil, les éclaircissant, leur donnant même une couleur d’or.
    - Je suis ravi de te rencontrer alors, dit-il finalement, tendant une main vers moi que je m’empressai de saisir.
    - Alors comme ça, tu es un des candidats ?
    - Oui.
    - Très bien.
    Malaise. Ma main était toujours dans la sienne, la secouant frénétiquement, ne cessant de lui dire bonjour. C’était tellement stupide, et il semblait aussi con que moi à ce niveau là. Puis, prudemment, nous nous reculâmes l’un de l’autre et notre gêne mutuelle s’estompa, laissant place à notre passion photographique.
    - Je peux voir tes clichés ? Ou peut-être que tu ne préfères pas, comme nous sommes censés être des concurrents ? Me demanda-t-il, gentil. Te voir prendre des photos ici, ça m’a intrigué.
    - Je doute choisir cette série là, donc ça ne me pose aucun problème.
    Je lui tendis mon appareil-photo d’un geste malgré tout réticent, et vivement, il partit en contemplation des quelques prises que j’avais fait. Il parcourut toute la séance d’aujourd’hui, puis, sans que je m’en souvienne, il tomba nez à nez avec des autoportraits de moi, que j’avais fait hier soir, dans ma chambre, à moitié nu. Je lui arrachai l’appareil des mains dés que je m‘aperçu du scandale, mais il le rattrapa rapidement, continuant de les regarder, une expression admirative sur le visage.
    - Tes photos sont extraordinaires !
    - Ouai, mais elles sont vachement personnelles, tu sais…
    - Je suis un mec, on est constitué de la même manière, me répliqua-t-il tout en continuant de regarder les photographies.
    - Lewis…
    Soudainement, il s’arrêta net, alors que les clichés devaient encore défiler sous ses yeux. Conscient de la bourde que je venais de faire, mon visage passa au rouge vif en quelques secondes.
    - Je n’ai pas le souvenir de t’avoir dit mon prénom Andrew.
    - Oh… oh…
    Son regard me parcouru tout entier, s’arrêtant sur chaque parties de moi. Je me sentais analysé. C’était déstabilisant.
    - Ce n’est pas grave, je suis ravi de savoir que j’ai pu te marquer au point que tu te souviennes de mon prénom.
    Je lui rendis un sourire gêné, puis il reprit la suite des photos. Mes joues devaient s’empourprer à mesure qu’il avançait dans mes archives, puis, au bout d’un moment, il s’arrêta sur l’un des clichés, où seul un drap noir venait cacher mes parties les plus intimes.
    J’étais debout au milieu de la pièce, de profil, le draps passait devant mon bas-ventre et s’enroulait autour de ma jambe, laissant toutes les autres parties de mon corps à l’air libre. Je savais parfaitement que s’il passait à une autre photo, il me verrait presque de dos et sans rien du tout sur moi, alors, dans un geste malheureux, je lui arrachai l’appareil-photo des mains et tremblait à l’idée qu’il pu me voir nu.
    - Hey ! S’écria-t-il.
    - Désolé, mais là, ce n’est plus très soft, donc franchement, on arrête les dégâts tout de suite.
    - Très bien… Excuses-moi alors, me dit-il timidement, un sourire honnête au visage. Si tu veux, je te paie un ou deux verres pour me faire vraiment pardonner.
    - Non, mais il n’y a pas de mal, ne t’en fais pas, rétorquais-je, tremblant de toute part.
    - Si, j’insiste, viens ! M’entraîna-t-il immédiatement, me tirant par l’avant-bras, posant ses mains au même endroit que Dana l‘avait fait, quelques minutes auparavant. Le geste me paru nettement moins dégoûtant que lorsque c’était la brune qui l’avait osé. Bien sûr, une fois qu’il se rendit compte que j’avançais sans broncher à ses côtés, il me lâcha et nous allâmes prendre place dans un petit bar, à quelques mètres, où il n’y avait presque personne -étonnant pour une ville comme Paris, cela dit en passant.
    Une fois installés, il me commanda un cocktail assez fort, et la même chose pour lui. Moi qui n’était pas tellement habitué à boire, je ne savais pas comment faire, mais il était prit d’un engouement si puissant rien qu’à l’idée de me payer quelque chose de cher que je finis par accepter, sans aucun regret, bien entendu.
    - Alors comme ça, nous sommes dans le même lycée ?
    - Paraît-il, répondis-je, ne me souvenant pas de l’avoir vu un jour.
    - Je n’aurais pas cru… Tu es en quelle classe ?
    - Encore en seconde, une nouvelle fois…
    - Ah ? Ca doit être pour cela alors, je suis en terminale, et on croise peu de seconde dans les couloirs.
    C’était pourtant vrai, les salles différées selon notre section d’âge. Les secondes étaient souvent dans le même bâtiment, et les premières dans le leur, ainsi que les terminales. Nous ne nous voyons qu’aux heures de sorties, ou alors au CDI, c’était assez frustrant, mes meilleurs amis étaient tous en premières actuellement et je ne les voyais pour ainsi dire, jamais - c’était peut-être la raison pour laquelle je les qualifiais de « meilleurs ».
    - Enfin bon… soupirais-je, nous ne sommes pas là pour parler de notre charmant bahut ! Fais voir tes photos, tu as vu les miennes, donc…
    - Hum… Tu as raison… répondit-il tout en se penchant un peu plus en avant sur la table et tirant une cigarette de son sac. Pour ce qui est des photos, ma carte mémoire est vide, je venais à peine de sortir de chez moi lorsque je t’ai croisé.
    A l’instant où il termina sa phrase, une flamme, de la même couleur que ses yeux, sorties de son briquet et une forte dose de fumée vînt donner un aspect particulier à la scène. Devant ce spectacle, je ne pouvais m’empêcher de sortir mon appareil-photo pour prendre quelques clichés de mon sympathique interlocuteur.
    - Tu fais quoi Andrew ?
    - Avec la fumée, les images sont captivantes.
    - Montres, m’ordonna-t-il en tendant la main.
    Je lui passai immédiatement mon appareil-photo, il regarda rapidement ce que je venais de faire, un léger sourire en guise d’expression.
    - T’es plutôt doué quand même… T’es un aussi bon en tant que photographe qu’en tant que modèle !
    Comprenant qu’il venait de se ré aventurer vers mes clichés personnels, je lui arrachai une nouvelle fois l’appareil-photo des mains et l’obligeai à s’excuser. Une seconde plus tard, nos savoureux cocktails étaient devant nos yeux.
    Hypnotisé par Lewis, tout le temps que nous passâmes à boire, je le prenais en photos sous toutes les coutures possibles - du moins, de son visage. Il se laissait faire, ne demandait qu’à voir de temps en temps, il semblait avoir confiance en moi. Je n’avais aucune idée si les photographies entre candidats étaient autorisées, mais quoiqu’il en soit, ces quelques clichés iraient dans ma galerie personnelle. Il était tellement beau que c’était une aubaine de le photographier actuellement.
    
    Environ deux heures plus tard, après mon troisième cocktail, je commençai à sentir certains effets de l’alcool. Ma vue se floutait en légèreté et mon humeur était insouciante. Je n’arrêtais pas de rire à la moindre occasion, sirotant de temps en temps dans le verre de Lewis.
    - Hey ! C’est la quatrième fois que tu me piques de ma boisson ! S’exclama-t-il, dans le même état que moi, quasiment, les joues rouges.
    Je ne répondais pas, me contentant de boire une nouvelle gorgée.
    - Tu sais quoi Andrew, j’ai une idée…
    - Dis toujours, répondis-je, posant nonchalamment ma tête sur mes poings.
    - Tu as pris des tas de photos de moi, mais je n’en ai aucune de toi… Ca te dirait de passer rapidement chez moi, le temps de faire quelques photos ?
    Mon cerveau, encore moins intact que d’ordinaire, tenta d’analyser l’offre qui me paraissait étrangement équitable. Rieur, j’acceptais sans réellement comprendre. Alors, je vis Lewis se lever pour aller régler la note de notre petite débauche puis il m’entraîna à l’extérieur du bar, titubant à ma manière.
    Une dizaine de minutes plus - du moins, il me semblait - nous étions arrivés dans un bel appartement qui se trouvait au quatrième étage d’un immeuble relativement aisé. Le décor me paraissait élégant, même noble, de jolis meubles égayaient les pièces et lorsque je fus arriver devant le canapé, je m’écrasais dessus, comme si j’étais chez moi.
    Voyant que Lewis sortait son appareil-photo, je mimai quelques poses exécrables, ayant du mal à me tenir normal. Après plusieurs clichés, je me relevai enfin, titubant comme un ivrogne, je me laissai prendre en photo, puis, comme si ce geste me parut naturel, je posai mes mains sur les épaules de Lewis tout en me collant à lui.
    Nos visages n’étaient plus qu’à quelques millimètres l’un de l’autre, je pouvais inhaler son haleine à la menthe et lui, pouvait sentir la douceur de ma peau qu’il venait de caresser au niveau de ma joue. A ce geste, je fermai mes yeux, laissant mon visage se reposer contre la paume de sa main chaude.
    - Andrew… Ca te dis de faire encore quelques photos ?
    Mes mains remontèrent au même moment vers sa nuque, venant palper la texture de ses cheveux.
    - Mais… continua-t-il, un ton plus bas, dans un genre un peu différent ?
    Sa voix se faisait sensuelle, agréable. Son front se posa sur le mien, nos lèvres s’effleurèrent une seconde.
    - Un peu comme celles que tu as pris hier soir, tout seul… dans ta chambre…
    Les yeux toujours clos, je sentis les dents de Lewis mordre délicatement ma lèvre inférieure, donnant encore plus d’envie à l’instant présent.
    - Tu veux bien ? Acheva-t-il de me dire, presque dans un murmure.
    J’acquiesçai au travers d’un bruit inutile, alors, sa main libre vînt attraper la mienne et il m’entraîna dans une autre pièce, laquelle fut beaucoup plus intime, avec un lit en son centre. Une fois à la hauteur de ce-dernier, Lewis posa son appareil-photo dessus, pour revenir plus librement vers moi et poser ses mains sur mes hanches. Ma bouche, alléchée par ce moment, alla déposer un léger baiser dans son cou, il ne prononça pas un mot, alors je continuai de l’embrasser, faisant glisser ma langue sur sa peau. Dans un geste brusque, je fus détacher de cette caresse car il me retira adroitement mon t-shirt, puis, avec une plus de rigueur, il me jeta sur son lit moelleux.
    Une fois que je fus un peu mieux installer, je me redressai sur mes coudes, regardant ce qu’il pouvait faire. Une seconde plus tard, il vînt s’asseoir sur moi, à califourchon sur mes cuisses, son appareil-photo en main. Plusieurs flashs me brûlèrent les yeux tandis que mes doigts s’infiltraient sous le chemisier de Lewis. Tendrement, je faisais sauter tous ses boutons, caressant au fur et à mesure son torse, alors qu’il continuait d’immortaliser chacune de mes expressions. Comme il ne semblait pas réagir à cela, je me décidai d’accélérer ma gestuelle et mes mains s’attaquèrent à la fermeture éclair de son pantalon. Sans mots dire, il ne fit que poser l’appareil-photo sur le côté pour venir capturer mes poignets, les écartant de leur tâche. Ce fut lui qui osa me toucher en premier, il baissa ma braguette sans soucis et passa sa main à travers l’ouverture, me faisant soudainement sursauter. Ses doigts, habiles, semblaient trouver leur proie sans aucune difficulté. Rapidement, je sentis mon jeans glisser le long de mes cuisses en même temps que Lewis ouvrait mon caleçon, faisant sauter les trois boutons dans un seul geste. Dés que ses doigts touchèrent ma peau nue, je soupirai langoureusement, me laissant partir en arrière, la tête s’enfonçant dans les couettes. Plusieurs flashs sortirent de l’appareil-photo, rendant l’atmosphère encore plus intrigante. Puis les mouvements de Lewis s’accentuèrent, me faisait vibrer de l’intérieur. Lui aussi devait se sentir troubler car il se pencha sans crainte vers moi et lorsque j’ouvris les yeux, se fut pour voir son visage à quelques millimètres du miens. Retenant mes gémissement du mieux que je pouvais, je sentis finalement ses lèvres se poser sur les miennes et nos goûts mutuels se mélangèrent ainsi. Tout en appuyant d’une main la tête de Lewis, et serrant de l’autre, le tissu épais de la couette, nous bougeâmes de plus en plus vite, sa main s’activant rageusement sur moi, faisant battre mon cœur à vive allure. Et alors que je me tordais dans tout les sens, un long râle sortit de ma bouche, détachant mes lèvres de celles de Lewis.
    En sueur, mes yeux s’écarquillèrent sur mon visage, plongeant dans les siens, couleurs du soleil. Je ne songeai même pas à l’acte qui venait de se produire tant mes sens accaparaient mes troubles. Silencieusement, je déposai de nouveau baisers sur ses lèvres, puis, alors qu’il s’allongeait à mes côtés, posant sa tête sur mes épaules, je sentis mon esprit chavirer et je sombrai dans l’inconnu, m’endormant, saoul.
    Et dire que je ne savais pas encore que j’aimais les hommes.

 

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Rouge Grenadine - Les Gestes brusques  (Rouge Grenadine) posté le mardi 27 janvier 2009 19:38

Le chapitre n'a pas encore été relu et corrigé, donc pardon pour les erreurs !

ROUGE GRENADINE


2

Les Gestes brusques

 

    Comme si cela pouvait être drôle. Ma tête ricanait dans mon crâne, me faisant comprendre que quelque chose s’était passé dans ma vie sans que je ne m’en rende compte. Je ne pigeais pas. J’avais froid, horriblement froid et mes yeux n’arrivaient pas à s’ouvrir comme piégé dans un sommeil stupide. Pourtant, j’étais bien conscient ! N’est-ce pas ?
    Je palpai donc de ma main droite tout ce que je pouvais toucher. Au départ, se fut mon torse nu que je sentis, puis, rassuré de me savoir allongé sur un lit - on ne savait jamais - je plaquai violement mes bras sur les côtés, comme ce que je faisais d’ordinaire pour m’étirer, et là, un rugissement effrayant attira mon attention, je venais d’exploser ma main sur le corps de quelqu’un d’autre. Me relevant brusquement, j’émis un cri de stupeur en constatant que mon torse n’était pas le seul à être nu (et apparent) et dévisageai avec de grands yeux ronds celui qui était à mes côtés : Lewis. Oh my fucking God !
    - Merci pour le réveil Andrew… C’était très discret…
    - Qu’est-ce que je fous là ? Répliquais-je sèchement, remontant mon pantalon et cherchant mon t-shirt des yeux. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
    Mon interlocuteur me regarda étrangement à son tour, me voyant m’affoler dans toutes la pièce, en proie à une crainte que je n’osais même pas formuler, du moins, jusqu’à maintenant :
    - On a pas couché ensemble ?! Rassures-moi !
    Lewis plaqua ses mains sur sa tête, réfléchissant à une réponse convenable tandis que je tremblai légèrement. Je n’étais pas homosexuel, c’était dans son intérêt de me répondre que non, nous avions pas baisé ensemble.
    - Je ne crois pas, non… Mais vu la… texture collante de ma main… Je crois qu’il s’est passé autre chose… m’avertit-il en pliant et dépliant ses doigts.
    Je cru que j’allais vomir.
    Mais au moins, cela expliquait l’allure dans laquelle je m’étais réveillé. J’avais laissé un homme me toucher, moi, alors que je n’avais jamais envisager une chose pareille dans ma vie. A mes yeux, je faisais une large distinction entre un vagin et un cul et en aucun cas que je m’étais imaginé en compagnie du second. Bien sûr, Lewis m’impressionnait, je le trouvai incroyablement beau et agréable, mais pas au point d’en bander ! Merde !
    - Il est quelle heure ? Demandais-je, le ton désagréable.
    - Euh… Apparemment, il est près de deux heure du matin.
    - C’est pas vrai ?! M’écriai-je, apeuré. Il faut que j’y aille, je vais me faire niq… tuer.
    Le mot « niquer » me paru si mal approprié à ce moment que je préférais le censurer gracieusement. Regardant mon cher Lewis dans les yeux, je me reculai de lui, légèrement craintif.
    - Ecoutes, dis-je, où est-ce que j’aurais pu laisser mon t-shirt et mon appareil-photo ? Il faut vraiment que je m’en aille et… Il faut que je m’en aille !
    - Ca, je crois que je l’ai comprit, me répondit-il, à mon avis, c’est resté dans le salon, sur le canapé… Je me souviens encore t’avoir vu t’écraser dessus.
    - Probable.
    Sans lui jeter un seul regard, je sortis de la chambre et trouvai rapidement le canapé où j’avais abandonné mes affaires. Les saisissant à toute vitesse, je finissais de me rhabiller et me dirigeai immédiatement vers la porte d’entrée. Avant que je n’eus le temps de l’ouvrir, la main de Lewis s’écrasa dessus, il me força à le regarder et je sentis une nouvelle fois la puissance de ses yeux sur les miens. Ils me brûlaient, me consumaient, et malheureusement, j’en frémissais.
    - Il faudrait qu’on parle de ce qu’il s’est passé, tu ne crois pas ?
    - Ouai, mais nan Lewis ! Lui dis-je en tournant mon visage vers la porte. Je dois m’en aller, je devais être chez moi pour maximum vingt heure et pas plus de minuit en cas de sortie, or, là, il est vraiment très tard et si je ne rentre pas maintenant, je vais me faire décapsuler la tête.
    - Ah… Je comprends, excuses-moi… soupira-t-il en se détachant de moi.
    J’ouvris la porte immédiatement après et quittai les lieux de la même manière. J’allais arpenter les rues de Paris à cette heure-là de la nuit, rien de pire pour ma mère ! Quand j’aurais franchi le seuil de la maison, elle me tuerait… Dieu merci que mon père était en voyage d’affaire et ne rentrait pas avant demain soir, je pourrais tenter de convaincre ma mère de ne pas lui en parler.
   
    L’air extérieur s’était drôlement rafraîchi durant mon sommeil. Mon mince t-shirt ne me protégeait en rien du froid, pour un mois de mai, c’était bien triste. Heureusement que je connaissais le quartier.
    - Ainsi, c’était donc dans cet immeuble que Lewis habitait, constatais-je dans un murmure, me retournant sur la grande façade grise. Cool.
    Une seconde plus tard, je prenais la route, frémissant à chaque courant d’air qui venait me glacer le sang. D’ailleurs, celui-ci avait trois raisons de geler de cette manière : la première était qu’il faisait atrocement froid, la seconde, c’était le fait que je ne me souvenais plus tellement de ce qu’il s’était passé avec Lewis, et la troisième, c’était en rapport avec la colère de ma mère lorsque je rentrerai. Que d’inconvénients en un laps de temps si court…
    Me remémorer le visage de Lewis me força à trouver des définitions sur les différents types de désirs sexuelles. Etrangement, dés que je pensai à un mec, mon estomac se tordait dans tout les sens, me faisant trembler sur place. Je n’étais pas gay, ce n’était pas possible ! Bien sûr, je n’avais rien contre eux, mais de là à… Non, je ne pouvais pas avoir aimer ce que Lewis m’avait fait !
    Avançant à vive allure, j’arrivais très rapidement devant l’immeuble où j’habitais. Je craignais déjà ce que j’allais pouvoir découvrir en rentrant et bien sûr, une fois que j’enfonçais les clés dans la serrure de l’appartement, mon cœur sembla s’arrêter lorsque je découvris les chaussures de mon pères installés aux côtés de celles de ma mère. Il était rentré… Les battements de mon cœur accélèrent en même temps que mes poils se hérissaient sur mon corps. Je n’étais pas près d’aller me coucher.
    - Andrew ! M’interpella la voix rauque de mon père, me faisant pivoter sur place.
    Je me retournai habilement vers le salon, là où m’attendaient mes deux parents. Ma mère, inquiète, semblait s’être rongée les ongles jusqu’au sang.
    - Papa… dis-je sur une petite voix, jetant un regard maladroit dans les yeux de mon père.
    - Pas un appel ! Pas une seule idée de l’endroit où tu étais ! Ton téléphone encore dans ta chambre ! Mais qu’est-ce qui t’es passé par la tête Andrew ?!
    - J-Je me suis endormi chez un ami… répondis-je en baissant la tête.
    Le pire, c’est que ce n’était pas totalement faux. Seulement, mon père n’admettait que très rarement qu’une raison pouvait être valable. Sauf cas de force majeure, il ne pardonnait pas sans avoir fait comprendre son mécontentement… moralement et parfois… physiquement.
    - Ce n’est pas une bonne raison Andrew !
    - Je sais… Mais c’est la seule que j’ai, et c’est la vraie… Alors bon…
    Il me détailla une seconde, réfléchissant sans doute à ce qu’il pourrait faire de mon cadavre une fois qu’il m’aurait décapiter.
    - Quand est-ce que tu apprendras à être un peu plus sérieux ? Me demanda-t-il finalement, le ton plus posé mais une teinte d’exaspération malgré tout présente.
    Je haussai les épaules, ne sachant pas quoi dire, alors il reprit, d’une manière beaucoup plus dure cette fois-ci :
    - On a tout essayé avec toi Andrew ! Les bonnes choses comme les plus mauvaises ! Mais rien n’y fait ! Tu es toujours aussi irresponsable et incroyablement stupide ! En plus de ça ! Me cria-t-il en jetant un papier au sol qui s’avérait être mon bulletin de note trimestriel. Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire de toi Andrew ? Tu n’es bon à rien ! Il y a un an, j’t’aurais collé une raclée et là, t’es bien trop vieux pour ce genre de chose ! Il serait peut-être temps que tu sortes de ton monde et que tu te secoue !
    A ce niveau là, j’aurais encore préféré qu’il me frappe. Les larmes aux yeux, je fixai la fiche de note qui restait immobile parterre, elle s’en tirait à meilleur compte que moi.
    - Ton père a raison Andrew, intervint soudainement ma mère, tu es décevant, on en peut plus… Est-ce que tu seras un jour capable d’entreprendre quelque chose et de le réussir ? Ton frère et ta sœur n’ont eu aucune difficulté avant toi, donc s’il te plaît, ne nous fais pas la honte de devoir te présenter comme un raté à côté d‘eux…
    Sur ce coup, c’était franchement cruel, mais j’encaissai, imperméable à cela, il le fallait. Il n’était vraiment pas aisé de devoir se faire insulter de la sorte par ses propres parents, surtout en voyant dans leurs yeux qu’ils ne me haïssaient en rien, que ce qu’ils disaient, ils le pensaient sincèrement et ne le faisaient pas pour me faire du mal, me blesser.
    - Nous allons nous coucher Andrew, on a veillé suffisamment longtemps comme ça par ta faute…M’annonça mon père sans pour autant me regarder.
    - Ok… murmurais-je en retour, mal devant ce qu’ils venaient de me dire.
    - Quoiqu’il en soit, ne nous refait jamais un coup pareil, Paris, ce n’est pas une petite ville, s’il t’arrivait quelque chose… m’embarrassa ma mère avec un regard peiné.
    Puis je les vis s’éloigner de moi et repartir dans leur chambre.
    C’était donc tout, pas de punitions, pas de hurlements pires que ceux qui venaient d’avoir lieu, aucune dispute grave ? Voilà qui était franchement culpabilisant…

 

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Rouge Grenadine - Bipolaire  (Rouge Grenadine) posté le vendredi 30 janvier 2009 20:27

ROUGE GRENADINE


3

Bipolaire

 

    Nous étions déjà lundi matin lorsque je décidai enfin d’émerger de ma vulgaire bulle de comateux. Cela faisait presque vingt-quatre que je restais dans ma chambre, la tête ailleurs, mon sac de cours toujours posé vulgairement contre la porte. Avais-je des devoirs à faire pour aujourd’hui ? Probablement. Quel était mon pourcentage de chance que j’aille le vérifier ? Inférieur à zéro. Mort de rire !
    Dans l’immédiat, j’étais agréablement allongé sur mon lit, mes jambes croisées et relevées en l’air contre le mur face à moi. Mon ordinateur portable était juste à côté de ma tête, diffusant mes albums en boucle pendant que je songeai à tout et n’importe quoi. N’importe quoi comme Lewis, tout comme la carte de mon appareil-photo remplie de lui, et lui simplement. De très beaux clichés en plus, vraiment sublimes, surtout ceux du bar, lorsqu’il m’a entraîné dans sa décadence. Il était irrésistible… Cela justifiait plus ou moins le fait que je me sois laissé tenter. Même un cheval aurait eu une érection devant lui !
    Me laissant tenter par la musique, je me mis à chantonner sans réellement faire trop de bruit - quatre heure, pleine nuit, le réveil dans moins de deux heures pour les parents, ce ne serait pas de bonne augure si j'étais découvert ainsi.
    « And truth be told I miss you, and truth be told I'm lying, tututututututu… »
    Très délicat de ma part. Et pour ainsi dire, je n’avais aucune idée de ce que je chantais de si bon matin, j’étais aussi doué en anglais que ma grand-mère. Et elle bouffait les pissenlits par la racine. Rassurant. Soudainement, mon téléphone vibra sur la table de chevet, je me redressai légèrement, admirant la chose se répéter une nouvelle fois et me décidai finalement à décrocher.
    - Ouai… dis-je d’un ton las.
    - Genre, tu ne dors pas ?!
    - DANA ?! m’écriai-je, manquant de tomber à la renverse.
    - Heu… Oui…
    Et voilà que le pot de colle s’amusait à m'emmerder la nuit désormais. J’étais sérieusement mal barré avec cette fille, il faudrait vraiment que je mette les choses au clair avec elle, elle épuisait mes ressources de bon sens.
    - Excuses-moi de te déranger, je ne pensais pas que tu décrocherais…
    - En même temps, tu m’appelles…
    - Je sais, je sais… se lassa-t-elle, une petite voix gênée en guise de parasite à ma cruauté.
    - Tu me veux quoi d’ailleurs, à cette heure là ?
    - Oh… Rien, je n’arrivais pas à dormir et puis, comme je pensais à toi, je t’ai appelé, sans me souvenir de l’heure qu’il était.
    J’émettais une sorte de grognement à son adresse. Voilà qu’elle devenait insomniaque et fantasmait sur moi. C’était grotesque.
    - Andrew ?
    - Ouai ?
    - Non rien… Je vais te laisser. Excuses-moi, encore une fois.
    - C’est ça, ouai, répondis-je avec une froideur qui m’était familière.
    - Bonne fin de nuit… me dit-elle gentiment, ignorant ma mauvaise humeur.
    - Toi aussi.
    Puis elle raccrocha avant que je n’eus le temps d’entendre l’intégralité de son soupire et de la manière dont elle reniflait. Visiblement, elle avait mal prit mon comportement ? Grand bien me face, je ne veux pas d’elle dans mon entourage, elle cessera peut-être de me tourner autour comme une abeille autour du miel, ou une mouche autour de la m….
    - Merde.
    Des pas précipités étaient sortis tout droit de la chambre de mes parents. Rapidement, je fermai mon ordinateur et me planquai sous mes couvertures, faisant semblant de dormir. Ma porte de chambre s’ouvrit quelques secondes plus tard, entre-ouvrant les yeux, j’aperçu la silhouette de mon père qui m’observait.
    - Andrew ? Me demanda-t-il.
    Je ne répondais pas, mimant le sommeil, cela dû marcher car après plusieurs hésitations à allumer la lumière et vérifier si je dormais vraiment, mon père s’en alla. Et ainsi blotti dans cette posture, en compagnie de mes oreillers moelleux et de mes couvertures chaudes, je sombrai enfin dans le néant, claqué comme une marmotte.
   
    Hélas, le réveil sonna rapidement après cet instant, me faisant regretter d’avoir veillé aussi tard. Peu habile, je me redressai tout de suite, sentant le froid attaquer ma peau alors qu’elle était si bien protégée sous mes couettes. A deux doigts de me laisser sombrer de nouveau, j’attrapai un vieux t-shirt et me dirigeai d’ores et déjà vers la salle de bain, titubant dans le couloir. Je haïssais les lundis matin, cela était toujours une épreuve abominable à supporter. Cette transition pour retrouver les habitudes du quotidien, beurk… Les gens étaient vraiment maso de faire cela chaque jour, comme si leur vie en dépendant (en fait, c’était leur argent qui en dépendait, et donc, par traduction, leur vie aussi...).
    Rapidement, j’allumais le poste radio et commençai à faire couler la douche. La musique que j’avais chantonné hier résonna à mon oreille, il s’agissait de Gives you Hell, une chanson des All-American Rejects, je m’en souvenais désormais. J’adorais ce groupe. Alors, sans aucune timidité, je reprenais l’un des meilleur comportement classique humain : je chantais sous la douche.
    - Hope it gives you hell ! Hope it gives you hell !
    - Andrew ! Moins fort s’il te plaît !! Hurla la voix de ma sœur, Joodie, tout en tapant contre la porte.
    Alors, ravi d’avoir déclenché une réaction de si bon matin, je lui répondais vivement :
    - WHEN YOU SEE MY FACE !! HOPE IT GIVES YOU HELL !!! HOPE IT GIVES YOU HELL !!!
    Je l’entendis rager avant de donner un violent coup de pied et partir en trombe ailleurs. Je priai intérieurement qu’elle ne prévienne pas les parents, la situation serait nettement moins drôle s’ils se mêlaient de nos emmerdements quotidiens.
   
    Une heure plus tard, après un regard noir de ma sœur et une prise de tête avec ma mère, je sortais de la maison et m’en allait vers mon ravissant lycée, songeant déjà à la magnifique journée qui s’offrait à moi. Il était clair que j’allais en profiter, comme tout les jours. Mon appareil-photo était rangé dans mon sac, j’avais dans l’espoir de prendre quelques clichés des individus de ma classe, ils ne se laisseraient peut-être pas faire, mais je savais que s’ils se lançaient dans une bonne partie de connerie, je pourrais les photographier sans qu’ils n’y pensent. J’allais donc pouvoir améliorer mes chances de gagner le concours (encore).
    Dés que je fus en mesure de passer les porte du lycée, je sentis une main aussi lourde que samedi se poser sur mon épaule. Vivement, je me retournai et déglutissais une nouvelle fois en apercevant le visage possessif, vivant, expressif, de Lewis.
    - Salut Andrew ! Me dit-il gentiment, plongeant ses yeux dans les mieux.
    - Lewis, quelle surprise ! Répondis-je, souriant maladroitement tout en avalant bruyamment ma salive.
    Lorsqu’il se rapprocha de moi, je me sentis brûler de l’intérieur. C’était effroyable, ce connard me troublait ! Mon cœur se resserrait en sa présence et dés que la douceur de son souffle se faisant sentir sur moi, je frémissais comme un gamin trop sentimental.
    - On devrait parler, m’annonça-t-il sérieusement, m’emmenant à bonne distance des autres gens qui passaient dans le hall.
    - Heu…
    - Je… Ce qu’il s’est passé samedi, il faudrait qu’on s’explique là-dessus, tu ne crois pas ?
    Mes yeux tombèrent au sol, vaincus, mes cheveux rouges vinrent me cacher de mon interlocuteur, et sans hésitation, je lui répondis sur un ton désinvolte :
    - Peut-être, mais pas maintenant Lewis !
    - Andy, il y a des phot…
    Il parlait, mais j’avais décidé de passer outre et m’étais éloigné à l’instant même où j’avais arrêté, de manière précoce, notre conversation. Peu importe ce qu’il voulait dire, il était hors de question que je laisse mon cœur s’emballer en sa présence ! Je n’étais pas homosexuel. Lewis ne me concernait en rien, ce que nous avions vécu, ce n’était qu’un souvenir, une chose à laquelle je ne repenserais plus jamais ! Jamais !


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Rouge Grenadine - Complication  (Rouge Grenadine) posté le mercredi 04 février 2009 19:47

ROUGE GRENADINE


4

Complication

 

    En arrivant devant ma salle de cours, je constatai - sans réelle surprise - que Dana était déjà là, le regard perdu dans le vide, écoutant son Ipod comme une paumée de la vie. Cela me rappela malencontreusement son appel de cette nuit, ça avait été si stupide et visiblement, elle ne s’en remettait pas, comme si cela pouvait m’avoir atteint.
    Lorsque je me posai contre le mur, en face d’elle, elle releva légèrement la tête, posa ses yeux sur moi et se détourna maladroitement, gêné. Je ne lui disais rien, qu’est-ce qu’elle voulait de plus ? Au moins, elle savait que je m’en fichai totalement. C’était correct de ma part ! Plusieurs gars de la classe se ramenèrent dans le couloir au bout de quelques secondes, je me précipitai vers eux, évitant ainsi d’être encore confronté à cette fille. J’avais besoin d’une compagnie un peu moins angoissée, limite frustrée.
    Rapidement, l’heure du cours arriva et comme dans une jetée de porcs dans un bac de boue, nous rentrâmes dans la salle. Gracieux. Obligatoirement placé aux premières tables de la salle, j’entamais un méticuleux dessin quand, au bout d’une trentaine de minutes, peut-être plus, la porte s’ouvrit et mon cœur s’enflamma à l’instant même, manquant de sortir par ma bouche. Lewis venait de refaire apparition, me plongeant une nouvelle fois dans une interrogation atroce. Gay or not gay ? That is the question ! Not, of course !
    - Bonjour, excusez-moi de vous déranger, mais on m’a chargé de venir chercher Andrew Loiseau.
    - Qui êtes-vous ?
    - Lewis Eliott.
    Mon professeur d’anglais regarda rapidement à travers ses petite lunettes ce bel… enfoiré d’intrus qui en avait après moi. Je ne savais pas si son histoire était vraie, mais j’avais sympathiquement peur de ce qu’il pouvait m’arriver si j’y réfléchissais de trop à ce sujet. Il voulait m’enlever.
    - Très bien, emmenez-le, de toute manière…
    Il toussota doucement afin d’éviter de formuler la fin de sa phrase qui me paraissait quelque peu vexante. Je décidai de ne pas m’en soucier, de toute manière, j’étais habitué, et puis avec mes parents sur mon dos, rien ne pouvait être pire. En retirant Lewis, bien entendu.
    Quelques secondes plus tard, je sortais de la salle avec mes affaires, tout en jetant un regard inquiet à mon emmerdeur, je le questionnai :
    - Dis-moi, t’es pas réellement chargé d’aller me chercher ?
    - Perspicace !
    - Te fous pas de ma gueule, j’préfère encore retourner en anglais si c’est ça !
    - Non, Andrew, il fallait que j’te vois et je n’ai trouvé de mieux que ce moyen-ci.
    - Hehem… acquiesçais-je stupidement.
    Il s’arrêta net tout en se mettant devant moi, ses yeux sans craintes, vifs et chaleureux me percutèrent immédiatement, me déstabilisant. Mon cœur enchaîna une vague de battements trop forts pour que je parvienne à rester zen et je commençai déjà à perdre toute faculté à observer sans rougir. Un sourire s’esquissa sur les lèvres de Lewis tandis qu’il continuait de me fixer.
    - Bon, il faut que tu viennes, j’ai quelque chose à te montrer…
    Il reparti au même moment, ne se rendant pas compte, au départ, que je restai là, à le regarder et que, dans un geste malheureux, mes yeux descendirent sur ses fesses. Oh my fucking God ! C’était un mec, il fallait que je me ressaisisse !!
    - Andy ! m’appela-t-il, se retournant à moitié.
    Et je reprenais la marche en sa compagnie.
    Après plusieurs couloirs qui me parurent encore plus silencieux que d‘ordinaire, il m’entraîna dans les toilettes du rez-de-chaussée. Je me stoppai net lorsqu’il se retourna sur moi et me tendit son appareil-photo.
    - Regardes les clichés Andrew…
    - Qu’est-ce que c’est ? Demandais-je, intrigué.
    - Je n’ai vraiment pas le courage de te le dire à voix haute, et puis…
    - Et puis quoi ?
    - Rien.
    Il me lança un magnifique sourire tandis que j’attrapais son appareil-photo. Allant dans le menu, je m’attaquai rapidement aux clichés qu’il m’avait demandé de regarder et là, je cru que j’allais poussé un hurlement abominable.
    - Oh my God ! C’est pas possible !
    - C’est pas fini…
    Mon cœur était en train de se décrocher de ma poitrine. En relevant la tête vers le miroir en face de moi, je constatai que mes joues avaient une teinte atrocement rouge tandis que les clichés de ma première et UNIQUE relation homosexuelle défilaient sur l’appareil-photo de Lewis.
    - Effaces-les ! Effaces-les toutes ! Ordonnais-je à mon… interlocuteur.
    - Je vais le faire, ne t’en fais pas.
    - Je te l’ordonne, je refuse que tu gardes des photos pareilles de moi ! Est-ce que c’est clair ?!
    Cette fois-ci, mon malaise s’écroula face à ma colère.
    - Je n’aurais jamais dû, mais jamais dû te suivre dans ce bar pourri !
    - Hey ! Avoues quand même que t’as passé un bon moment !
    - NON ! Criai-je, essayant de ne pas prêter attention à la sensation à la fois chaleureuse et frissonnante que j’avais dans le ventre.
    Un sourire étrange se dessina sur le visage de Lewis, il ne semblait pas croire ce que je venais de lui dire. Pourtant, j’avais été clair, mon « non » était impeccable, intransigeant, alors que pouvait-il imaginer d’autre ?!
    Je le vis s’avancer vers moi d’un pas sûr, il approcha son visage du mien, faisant frôler ses lèvres sur les miennes. Je me reculai instantanément, effrayé, puis, me retrouvant adossé au mur, je ne savais plus comment faire. Alors, dans un geste sûr, il posa ses mains sur mes hanches et callant mon bassin contre le sien. Je déglutissais. Ainsi positionné, je ne pouvais retenir les battements de mon cœur pendant qu’il rapprochait férocement son visage du mien et que sans aucune gêne, il m’embrassa. Au départ, ce ne fut qu’un baiser très bref, presque anodin, mais lorsqu’il se colla plus fermement à moi, j’ouvris - sans le vouloir (vraiment !) - mes lèvres, et pour la première fois en pleine conscience, j’échangeais un baiser fougueux avec Lewis. Un long, très long et humide baiser.
    Lorsqu’il se détacha légèrement de moi, laissant malgré tout son visage à quelques centimètres du mien, il me demanda à nouveau :
    - Andrew, avoues que tu as passé un bon moment l’autre soir…
    Je le fixai sans réellement savoir pourquoi. Mes yeux se plongèrent dans les siens une énième fois et lorsque je me dégageai de cette emprise qui me déstabilisait tant, je lui répondais, la voix plus faible que je ne l’aurais voulu :
    - Ne me touches plus jamais.
    A ces mots, il se recula de moi d’un bon mètre, me relâchant complètement. Son sourire s’était éteint, et il me regarda de haut en bas.
    - Très bien, les photos seront effacés, tu peux me faire confiance.
    Puis je le vis avancer vers la sortie des toilettes, me lançant bouleversé.
    - Aussi Andrew, excuses-moi de t’avoir fait une chose aussi atroce, compte sur moi pour faire comme si on ne se connaissait pas, je n’entacherais pas ta réputation.
    Et il disparut, m‘abandonnant. Je tremblai de toute part, encore retourné par ce que je venais de vivre. Ce qui était le plus atroce, c’était cet effet que Lewis m’avait fait. Je ne voulais pas y croire, c’était impossible pour moi, il était hors de question que j’en pince pour un garçon, c’était obligatoire. J’aimais les filles !
    Avançant vers la sortie des toilettes, je passai doucement la tête par la porte et regardai à droite et à gauche s’il y avait encore quelqu’un. Constatant que la voix était libre, je me manifestai dans le couloir, encore tremblant. Immédiatement, je prie la direction de la sortie du lycée, comme j’avais une heure de troue, j’allais en profiter pour me rafraîchir les idées et tenter d’oublier cette mauvaise phase, ainsi que cette mauvaise attirance.
    - Pas gay, je n’étais pas gay ! Pas gay ! Pas gay ! Murmurais-je en commençant à marcher le long du trottoir. C’était impossible !
    Et comme pour me prouver l’inverse, je fis à peine cent mètres que la silhouette atrocement belle de Lewis réapparue sous mes yeux, sortant de la boulangerie avoisinante. Paniquant, je courais me cacher derrière un poteau et n’osai plus bouger.
    Restant ainsi paralysé, je me focalisai sur une des lignes du passage piéton, essayant d’oublier que Lewis n’était pas loin afin de pouvoir démarrer de nouveau. Je n’eus pas le temps de rassembler tout mon courage qu’une main vînt se poser sur mon bras.
    - Tu joues à quoi là ? Je t’ai traumatisé à ce point là ?
    Mon visage s’empourpra de nouveau, Lewis me faisait face, encore et toujours Lewis. Le monde n’était peuplé que de lui !
    - Ta réaction est vraiment extrême Andrew, c’est limite vexant…
    - C’est pas ça…
    - Qu’est-ce que c’est alors ?
    Mes lèvres s’entre-ouvrirent légèrement, j’étais horriblement mal à l’aise, je ne savais même pas comment j’allais pouvoir prononcer ces mots. Soudain, tout en prenant une profonde inspiration, je réussi à murmurer :
    - Je suis gay ?

 

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